AFFAIRES ÉTRANGÈRES - Les diplomates tiennent leurs assises nationales

Durant dix jours, les acteurs de la diplomatie malgache vont se pencher sur les grandes orientations de la politique étrangère. L’objectif affiché est de définir une vision stratégique appelée à guider les actions extérieures du pays durant les prochaines décennies.

Des responsables du ministère des Affaires étrangères durant une cérémonie de levée des drapeaux à Anosy.

Quelle diplomatie pour Madagascar demain ? La question sera au cœur des Assises nationales de la diplomatie malgache, qui se tiendront du 7 au 17 septembre, au siège du ministère des Affaires étrangères, à Anosy. Dix jours de réflexions et d’échanges dont le but est de « construire de manière participative les orientations stratégiques devant guider la politique étrangère de Madagascar pour les prochaines décennies ».

Les travaux débuteront ce jour, avec la première table ronde consacrée à la « vision stratégique et positionnement international de Madagascar ». Elle devrait donner le ton à un cycle de discussions, dont les réflexions et conclusions seront appelées à alimenter l’élaboration d’un Livre blanc de la politique étrangère malgache. La deuxième table ronde sera consacrée à la diplomatie économique, au développement durable et à l’attractivité internationale.

Le 9 septembre, les débats porteront sur la diplomatie territoriale, la diaspora, la culture, la science et le rayonnement international. Le lendemain, place aux questions sur la souveraineté, la sécurité nationale et la gouvernance internationale. La dernière table ronde, le 11 septembre, abordera la modernisation de la diplomatie malgache face aux bouleversements de la géopolitique mondiale. Les Assises seront officiellement clôturées le 17 septembre.

Comme l’explique un chercheur en relations internationales contacté, il faudra définir « la vision et la ligne diplomatique idoine pour préserver les intérêts stratégiques et souverains nationaux, face à ceux des partenaires internationaux, dans un contexte international de plus en plus complexe et un monde en mutation ». Il y a, par ailleurs, l’émergence des discours et idées souverainistes dans le pays.

La volonté de défendre les intérêts nationaux, de renforcer l’autonomie du pays est de plus en plus affirmée dans la Grande Île. Cette aspiration se heurte cependant à la réalité économique. Madagascar demeure fortement dépendant des financements extérieurs et de l’aide au développement. De ce fait, les partenaires traditionnels restent incontournables pour soutenir des secteurs essentiels et maintenir un équilibre budgétaire.

Stratégie durable

« Le futur positionnement diplomatique devra ainsi éviter un choix binaire », explique l’enseignant-chercheur, en ajoutant : « affirmer la souveraineté ne signifie pas nécessairement tourner le dos aux partenaires historiques. Le défi sera plutôt de diversifier les relations tout en préservant les intérêts nationaux ».

Néanmoins, il note que la recomposition des rapports de force mondiaux offre, dans ce contexte, de nouvelles possibilités. La diplomatie tous azimuts et le renforcement de la coopération Sud-Sud sont des positionnements diplomatiques déjà affirmés par les décideurs étatiques. L’objectif étant de multiplier les partenaires, les sources de financement et les opportunités économiques et stratégiques. Mais sans une plus grande autonomie économique, il sera difficile de construire une souveraineté diplomatique.

Pour sortir de la dépendance aux aides internationales et soutenir durablement sa croissance économique, Madagascar a besoin d’investissements privés. Cependant, le pays a toujours du mal à attirer les grands investisseurs. Comme l’a noté Roland Kobia, ambassadeur de l’Union européenne (UE), dans une interview publiée mardi, l’insécurité des investissements, la corruption ou encore la lourdeur administrative, entre autres, continuent de peser sur l’attractivité du pays.

La diplomatie économique apparaît dès lors comme l’un des principaux leviers. Il ne s’agit plus seulement de représenter Madagascar à l’étranger, mais aussi de vendre son potentiel, attirer des capitaux, ouvrir des marchés et rechercher de nouvelles sources de financement du développement. Comme indiqué préalablement, elle fera l’objet d’une table ronde durant les Assises qui démarreront ce jour. La question de la valorisation des ressources stratégiques du pays, en faveur de son développement économique et social, devrait également y être abordée. De même que celle de sa richesse écologique endémique.

Il y a aussi la question sécuritaire. Un point qui, de prime abord, a amené les tenants du pouvoir à remettre au premier plan la coopération avec la Russie. Dans une certaine mesure, pour Antananarivo, le rapprochement avec Moscou pourrait aussi servir de contrepoids à l’influence du bloc occidental. Cette démarche impose toutefois un jeu d’équilibriste, au risque d’en subir les éventuelles conséquences diplomatiques et économiques. Les Assises de la diplomatie malgache devraient ainsi définir une stratégie durable et anticiper tous les scénarios, toujours dans l’optique de préserver durablement les intérêts nationaux.

Le Livre blanc qui découlera des Assises d’Anosy devrait ainsi fixer une ligne directrice à une diplomatie à même de défendre la souveraineté et les intérêts du pays dans un ordre mondial en mutation. Ceci, sans pour autant compromettre les partenariats nécessaires au développement.

Garry Fabrice Ranaivoson

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