Hier à Anosy, la Cour criminelle ordinaire a condamné l’ancien chef d’État par intérim et général de corps d’armée à la retraite Richard Ravalomanana à 10 ans de travaux forcés, au terme d’un procès qui aura duré toute la journée.
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| Le condamné escorté vers le 4x4 qui doit le conduire à la prison d’Imerintsiatosika. |
L’ancien président du Sénat s’est précipitamment introduit dans la salle en passant par le portail de la maison des avocats, puis par l’escalier menant directement au prétoire. Il est arrivé masqué à 9 h en 4x4, escorté par une unité pénitentiaire.
Il a fallu attendre 10 h pour que le procès commence. À ce moment-là, la salle était déjà bondée de la famille et des proches de l’accusé, d’une pléthore d’avocats, de personnel pénitentiaire armé, en uniforme ou en civil, de policiers, de gendarmes et de simples curieux. Dans l’assistance se trouvait aussi un directeur en service à la Présidence.
Le général Ravalomanana, le sommet de la tête dégarni, vêtu d’un costume, de mocassins noirs et portant des lunettes de vue, n’a fait aucun commentaire sur les quatre assesseurs tirés au hasard par la présidente de l’audience.
Il avait cinq témoins à décharge. Trois seulement étaient présents : son chef de la garde rapprochée, son chauffeur et l’ancien directeur général de la Police nationale (DGPN), Dany Marius Rakotozanany. Le général Andriatahina Jean Herbert Rakotomalala, commandant de la Gendarmerie nationale (COMGN) à l’époque, ainsi que le colonel Jean Elysé Annissé Randrianarivelo, directeur de la Sécurité du Sénat, ont manqué à l’appel.
Trois accusations pèsent sur l’accusé : une menace de mort ; la complicité de meurtre et de blessures volontaires, à travers les ordres donnés aux Forces de l’ordre d’employer la violence contre les manifestants en septembre et octobre 2025 dans la capitale ; enfin, le fait d’avoir agi en connaissance de cause et d’avoir facilité les violences infligées aux manifestants, dont l’un avait été traîné sauvagement sur le sol à Anosibe, tandis que d’autres avaient eu les cheveux brûlés par des gendarmes.
Réconciliation
Avant que l’accusé ne prenne la parole, son avocat a soulevé une exception : selon lui, la menace de mort remontait au 21 mai 2019 et était donc prescrite. Il a demandé l’extinction de l’action publique ; la présidente a fini par la retenir, disqualifiant cette accusation malgré un long débat.
Le général Ravalomanana a, de son côté, affirmé n’avoir aucune connaissance de cette affaire et ne connaître la partie civile que depuis ce procès.
Selon les faits exposés par le greffier, l’accusé aurait prononcé la phrase: « Toi aussi, Walker, tu es dans notre ligne de mire », alors qu’il était secrétaire d’État chargé de la gendarmerie. Ce jour-là, le 21 mai, il s’était rendu à Brickaville avec l’ancien président de la République Andry Rajoelina, dans le cadre de l’installation du nouveau partenaire de la Sirama. Mais Jean Walker Andriakotomalala, ancien directeur des projets et du patrimoine de cette usine sucrière, ainsi que le personnel, avaient organisé une manifestation pour protester contre ce nouveau partenaire. C’est dans ce contexte que le général aurait proféré la menace à son encontre. Deux employés de la société sont venus en témoigner, même si leurs versions présentaient quelques contradictions.
Walker Andriakotomalala a raconté qu’après cette menace, il avait été suspendu de ses fonctions, poursuivi au tribunal pour faux et usage de faux, condamné à 5 ans de prison ferme, puis relaxé en appel. Il estime que tout cela découlait des propos du général. Il a finalement décidé de ne plus maintenir sa plainte contre l’accusé. Les deux hommes se sont même serré la main devant la juge pour marquer leur réconciliation.
La juge a poursuivi avec les deux accusations liées aux manifestations de la Génération Z, survenues entre le 25 septembre et le 11 octobre 2025. Durant cette période, le général, en pleine ingérence, aurait intimé aux gendarmes, policiers et militaires de réprimer avec brutalité les manifestants.
Deux magistrats, une femme et un homme, représentaient le parquet général. Le procureur général a demandé à l’accusé d’expliquer l’origine de son surnom « Général Bombe ».
« C’était lors de la Transition, quand une série d’attentats à la bombe artisanale frappait la capitale. La première explosion avait eu lieu au Leader Price, puis une autre à Ambohibao, faisant deux morts. D’autres avaient suivi, à Ambodimita, dans une station-service à Tsiazotafo, à Analamahitsy, à Masay et dans plusieurs quartiers. L’auteur avait été capturé et conduit à Fiadanana, où les Forces de l’ordre l’avaient battu. Je suis passé à ce moment-là et je l’ai interrogé dans mon bureau. Au début, il refusait de donner le nom du commanditaire. Je l’ai prévenu que je le remettrais aux militaires qui l’avaient tabassé. Alors, il a fini par avouer et dénoncer le cerveau, installé à l’étranger. Grâce à cela, j’ai pu maîtriser le phénomène des attentats à la bombe, et c’est pour cette raison qu’on me surnomme Général Bombe », a expliqué l’accusé.
« C’est votre explication à vous, mais ce n’est pas pour cela que les gens vous appellent Général Bombe. C’est parce qu’à chaque manifestation pacifique, vous bombardez la population », a corrigé le procureur général.
Commandement
La tension a failli monter entre eux lorsque l’homme en toge rouge a poursuivi avec d’autres questions sur les paroles jugées provocantes et arrogantes de l’accusé, telles que : « La population ne vaincra jamais les forces militaires», « Ne vous laissez pas faire, les gars » (NDLR: adressé aux Forces de l’ordre présentes à Ambatonakanga lors des manifestations de 2025), « Ne m’embêtez pas » et « Vous aussi, vous êtes leurs complices ? ».
Richard Ravalomanana a riposté : « Effectivement, j’ai dit que la population ne parviendra jamais à vaincre les militaires. Si elle est plus forte qu’eux, pourquoi aurait-elle alors besoin des militaires pour la protéger ? Et vous, monsieur le procureur, êtes-vous plus fort que les militaires ? »
« Moi, je n’ai pas besoin de vos militaires de votre époque », s’est emporté l’avocat général. Son collègue a ensuite appelé des témoins à charge, notamment des influenceurs victimes des violences lors des manifestations, tels que Fitiavana Mickael, Mba Lait et Soa De Valiha, mais ceux-ci étaient absents.
Les témoins à décharge se sont ensuite succédé à la barre pour livrer leur version des faits, parfois contradictoires. L’ancien DGPN a assuré qu’à aucun moment l’ancien président du Sénat n’avait donné d’ordres : selon lui, il n’en avait d’ailleurs pas le droit et n’appartenait même pas à la chaîne de commandement.
« Lors des manifestations, le commandement relevait de deux entités : l’une dirigée par le Premier ministre et l’autre par l’état-major mixte opérationnel national, dont je faisais partie avec le COMGN et le chef d’état-major des armées (CEMA) », avance Dany Marius Rakotozanany.
La juge, les assesseurs et l’avocat de la défense ont chacun posé des questions, ce qui a prolongé le procès jusqu’à près de 16 h. Les procureurs généraux ont requis l’application stricte de la loi, tandis que le général Ravalomanana clamait son innocence dans toutes ces affaires. Son conseil, dans sa plaidoirie, a insisté sur l’absence d’actes matériels ou de preuves, estimant que les infractions n’étaient pas constituées : « Existe-t-il une preuve écrite ou verbale confirmée, comme «j’ai reçu l’ordre de lui», pour pouvoir l’accuser ? », a-t-il interrogé.
Après une longue attente, la juge et ses assesseurs, sortis pour délibérer, ont regagné leur siège. À l’énoncé du verdict, le condamné a brusquement changé d’expression, désespéré, les yeux noyés de larmes. Il a remercié ses proches venus le soutenir. Sa femme et leurs enfants l’ont serré dans leurs bras, entouré d’agents pénitentiaires et de policiers prêts à le conduire hors de la salle, direction la prison de haute sécurité d’Imerintsiatosika. Un pourvoi en cassation a été annoncé.
Gustave Mparany

Un juste retour des choses ! Cet homme représente tout ce qui est « diabolique » et « immonde « du pouvoir de Andry Rajoelina . L’arrogance , la brutalité et la condescendance illustrent une personnalité toxique et perfide . On ne reconnaît plus le petit jeune humble sans chaussures qui a fréquenté le GEG d’Analamahitsy . Le pouvoir corrompt gravement et déstructure la mentalité avec la mégalomanie , l’excentricité et la bouffonnerie maladives . Maintenant le peuple attend avec impatience que son maître en exil connaît le même sort parce que ce ne sont pas les places qui manquent à la prison « dans les nomes » d’Imerintsiatosika !
RépondreSupprimerC’est le scénario qui mettrait en paix la conscience populaire et avec la mémoire des victimes d’exactions d’un régime dictatorial !