CAS DE DISPARITION - Trente dossiers en instance judiciaire

Un culte œcuménique pour la nation et en hommage aux victimes d’enlèvement de ces derniers temps s’est tenu, hier, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, à Analakely. En marge de l’événement, la ministre de la Justice a fait un point sur la situation.

La ministre Fanirisoa Ernaivo, face aux journalistes, hier.

Trente. Selon Fanirisoa Ernaivo, ministre de la Justice, c’est le nombre de dossiers inhérents aux cas de disparition de ces derniers temps qui sont en instance judiciaire sur l’ensemble du territoire, jusqu’à l’heure. Une information que la garde des Sceaux a partagée à la presse, hier, en marge du culte œcuménique pour la nation et en hommage aux victimes d’enlèvement, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, à Analakely.

À s’en tenir aux explications de la ministre Ernaivo, les accusés dans douze de ces trente dossiers entre les mains de la Justice ont déjà été présentés au parquet. Les accusés dans dix affaires de disparition, devant le parquet du Tribunal de première instance (TPI) d’Antananarivo, et les accusés dans deux autres devant des tribunaux en région. Dans une déclaration faite, vendredi, Narindra Navalona Rakotoniaina, procureure de la République près le TPI d’Antananarivo, a parlé de ces dix dossiers.

Selon la procureure Rakotoniaina, dans ces dix dossiers, seize personnes ont été déférées devant le parquet au niveau du TPI d’Antananarivo. À l’issue de leur comparution, onze accusés ont été placés en détention préventive. Les hommes sont détenus à la maison de force de Tsiafahy et les femmes à la maison centrale d’Antanimora.

Par ailleurs, outre les dossiers entre les mains de la Justice, la garde des Sceaux rapporte également que vingt autres affaires sont toujours en cours d’enquête auprès de la gendarmerie et de la police. Faisant part de « neuf décès » relatifs aux affaires de disparitions de ces derniers temps, le membre du gouvernement affirme que « nous procédons à des autopsies systématiques sur les corps retrouvés ».

La ministre de la Justice indique aussi que les personnes survivant aux cas de disparition seront entendues par les enquêteurs. Leurs proches seront également invités à faire une déposition. « Nous devons toutefois laisser un peu de temps aux victimes, en particulier, afin qu’elles se remettent du choc de ce qu’elles ont vécu avant de prendre leur déposition », ajoute Fanirisoa Ernaivo.

Aveux 

Toujours selon le point de situation donné par la ministre Ernaivo, les accusés dans trois des affaires entre les mains de la Justice « sont passés aux aveux ». Il y a les accusés dans l’affaire d’enlèvement d’une fillette à Ambositra, fin avril, et dans laquelle les ravisseurs ont demandé une rançon. Ils ont rompu toute communication avec la famille de la victime, alors qu’une partie de la somme exigée a déjà été versée.

Le corps de la fillette a été retrouvé au fond d’une fosse septique, le 22 juillet. L’instruction de cette affaire a été transmise au TPI d’Antananarivo. Les quatre accusés sont actuellement en détention préventive. Le second dossier dans lequel il y a eu un aveu concerne un enlèvement qui s’est déroulé dans la capitale. Cependant, la ministre de la Justice n’a pas donné de détails, à part le fait que le crime se rapporterait « à un règlement de comptes ».

Dans le troisième dossier, l’aveu de l’accusé est tout autant glaçant. « L’accusé a reconnu que l’objectif de son acte était de faire un sacrifice pour devenir riche », relate la garde des Sceaux. Durant son échange avec la presse, en marge du culte œcuménique d’hier, les journalistes ont questionné Fanirisoa Ernaivo sur le fait de savoir si les instructions judiciaires ou les enquêtes en cours ont permis de conforter la thèse étatique selon laquelle les cas de disparition se rapporteraient également à des manœuvres de déstabilisation politique.

« Nous avons des noms, puisqu’il s’agit d’une manœuvre opérée par un groupe de personnes et non pas d’une seule », affirme la ministre de la Justice, en réponse à la presse. Elle soutient, par ailleurs, que les autorités ne négligent aucun élément de renseignement et collectent toutes les informations possibles, « tout en faisant attention aux relations afin de ne pas inculper des personnes innocentes ».

En réponse à la presse, toujours, Fanirisoa Ernaivo a donné le bilan national des cas de disparition, depuis le mois de janvier. Les chiffres qu’elle a donnés sont ceux enregistrés au niveau du Centre de commandement opérationnel anti-enlèvement, sis au commissariat central, à Tsaralalàna. Selon elle, « au moment où nous parlons », depuis le début de l’année, deux cent cinquante-six personnes sont déclarées disparues, selon les données du Centre de commandement opérationnel.

Cent soixante-quinze personnes ont été retrouvées. « La majorité, à raison de 74 % des personnes déclarées disparues, ont quitté leur domicile en raison de problèmes familiaux. C’est la raison pour laquelle certaines familles hésitent à informer les autorités lorsque leur proche est retrouvé », explique la garde des Sceaux. Depuis le début de l’année, « trente-cinq corps» ont également été retrouvés. « Ces décès n’ont rien à voir avec les cas de disparition », souligne-t-elle cependant, en réaffirmant que « pour les cas de disparition, neuf décès sont recensés».

Garry Fabrice Ranaivoson 

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