TRANSFORMATION LOCALE - L’agriculture industrielle à la relance

D’ici à 2040, Madagascar entend redynamiser son secteur agricole pour en faire le principal moteur d’une prospérité partagée. Pour atteindre cet objectif, la Grande Île mise sur la transformation locale de ses produits.

Les cultures industrielles peuvent constituer un atout pour la Grande Île,  selon la politique agricole.

Le pari est lancé. Dans sa nouvelle politique agricole et de souveraineté alimentaire à l’horizon 2040, Madagascar entend exploiter pleinement le potentiel de son agriculture. Les autorités prévoient de stimuler les cultures présentant un fort potentiel de transformation industrielle. Selon les projections de cette feuille de route, ces filières devraient générer plus de 500 000 emplois et injecter 800 millions de dollars dans l’économie nationale. Un accent particulier est mis sur le riz, le maïs, la canne à sucre, la banane et le coton.

Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, la production rizicole actuelle s’élève à 5 250 000 tonnes, mais la consommation nationale nécessite toujours des importations avoisinant les 500 000 tonnes par an. Madagascar ambitionne ainsi d’atteindre une production de 11 256 000 tonnes de riz d’ici à 2030. Concernant le maïs, le pays prévoit de passer d’une production annuelle de 450 000 tonnes — insuffisante pour couvrir les besoins des industriels locaux — à 1,5 million de tonnes en 2030, avec une capacité d’exportation visée de 600 000 tonnes.

Forte précarité

Pour la filière canne à sucre, les autorités projettent de produire 350 000 tonnes de sucre d’ici à quatre ans. La production actuelle est évaluée à 2,7 millions de tonnes de canne à sucre, pour un rendement de 150 000 tonnes de sucre. La banane, quant à elle, est un produit d’exportation historique de la Grande Île depuis plus de cinq décennies. La production actuelle avoisine les 350 000 tonnes, dont 250 000 tonnes sont exportées par des sociétés telles que la Sobena ou MafRob. 

« L’objectif est d’atteindre 600 000 tonnes en 2030, avec un volume exportable de 450 000 tonnes pour une valeur de 262 millions de dollars », précise la politique agricole nationale. Il en va de même pour le coton, une filière actuellement précaire, mais dont une relance industrielle est amorcée. L’objectif affiché est de produire 90 000 tonnes de fibres, soit 200 000 tonnes de graines de coton, pour générer 42 millions de dollars d’exportations. À ce jour, l’agriculture malgache demeure toutefois caractérisée par une forte précarité et un faible taux de mécanisation.

Une production à l’échelle industrielle permettrait de créer de la valeur ajoutée pour les produits malgaches, de combler les déficits du marché local et d’exporter les excédents. « Madagascar se trouve à un tournant de son secteur agricole : transformer les pratiques traditionnelles pour répondre aux défis du changement climatique, de la pauvreté rurale et de la sécurité alimentaire impose de passer à une agriculture modernisée, mécanisée, dotée de variétés améliorées et mieux irriguée », souligne le document stratégique. Le texte insiste sur la nécessité d’une rupture : « Le pays doit sortir du modèle de subsistance en promouvant la compétitivité et l’intégration aux chaînes de valeur […]. Pour rendre l’agriculture et l’élevage résilients et prospères, Madagascar doit adopter des politiques fluides, intégrées et tournées vers l’innovation et la durabilité. Cela suppose une gouvernance cohérente, avec des politiques publiques stables favorisant l’agroécologie, la digitalisation et la diversification. »

Itamara Otton

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