Ce sont des maisons anticyclones qu’il faut construire». Ce sont les propos du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo lors du lancement de l’appel à l’aide internationale après le passage du cyclone Gezani à Toamasina. Les dégâts sont plus importants qu’on le croyait. La ville a été totalement défigurée. Elle n’a rien à envier à Gaza toute proposition gardée. Mais les bombes et les rafales ont le même pouvoir destructeur. Sauf que Gaza aurait mieux résisté au vent étant donné qu’à Toamasina, les constructions en bois et en tôle n’avaient aucune chance de rester debout face à cette ivresse de la nature.
La reconstruction s’annonce difficile. Il va falloir tout refaire, tout replanter, tout rebâtir. Mais cela risque d’être une tapisserie de Pénélope à en juger la fréquence des cyclones. Si on va tout reconstruire la ville à l’identique et avec les mêmes matériaux, on risque d’être réduit à la même entreprise chaque année et jusqu’à l’infini. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a affirmé la nécessité de construire des maisons anticyclones.
Les aides internationales d’un total de 162 milliards 800 millions ariary doivent servir à cet objectif. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Le père Pedro a montré qu’avec de la volonté et des moyens du bord, on peut arriver à des résultats probants. On se demande d’ailleurs pourquoi les logements sociaux n’ont jamais été une préoccupation des régimes successifs. Certes, la deuxième République a esquissé un programme de trente-cinq mille logements par an qui n’a jamais vu le jour. De même, les trano mora du programme Émergence Madagascar sont restés au niveau de mirage.
Il faut donc faire un choix entre l’assistanat et la charité pour parer au plus pressé pour venir en aide aux sinistrés qui n’ont plus rien, ni toit, ni à boire ni à manger, et un projet structurant à long terme valable que les futurs régimes devront continuer et réaliser. C’est dans ce genre de projet que la continuité de l’État devrait revêtir tout son sens. Le manque de pérennité et de durabilité des projets constitue un véritable frein au développement. On change de cap à tous les coups, on change de programme, on change d’objectif et on recommence depuis le départ. Voilà pourquoi on est resté au Moyen âge où la barbarie fait acte de justice, le jugement de la rue vaut procès.
Sylvain Ranjalahy