AMINATA NDIAYE NIANG, DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ORANGE MADAGASCAR - «Les télécommunications constituent un levier important pour le développement»

En poste depuis le 1er novembre 2025, succédant à Frédéric Debord, Aminata Ndiaye Niang, nouvelle directrice générale d’Orange Madagascar, est forte d’une solide expérience en télécommunications et transformation digitale. Elle est la première femme à diriger cette filiale. Pour L’Express de Madagascar, en exclusivité, elle apporte son regard d’experte et dresse une situation du secteur malgache sans langue de bois. Elle promet d’apporter un nouvel élan sur tous les plans dans le secteur des télécommunications.


Quelle est votre appréciation du marché des télécommunications à Madagascar ?

Avant de vous répondre, je voudrais rappeler la corrélation documentée par de nombreuses études, notamment celles de l’Union internationale des télécommunications: 10 % de pénétration d’Internet en plus, c’est 1 point de PIB en plus. Un point de croissance supplémentaire, au bénéfice des populations du pays.

Pour en venir au marché des télécommunications à Madagascar, je dirais qu’il comporte à la fois des potentialités et des défis. Des potentialités, parce que les attentes sont fortes. Le taux de pénétration de la téléphonie reste encore faible : 56 % (NDLR : selon la Global System for Mobile Communications – GSMA, janvier 2025) ou 79 % (Autorité de régulation des technologies des télécommunications – ARTEC, 2023), selon que l’on considère les clients uniques ou non. Cela signifie qu’il reste encore de nombreux Malagasy à desservir et à servir, afin que personne ne reste sur le bord du chemin et ne soit privé des formidables opportunités qu’offre le numérique.

Comment accélérer l’inclusion numérique et financière à Madagascar ?

C’est un chemin semé de défis, en particulier celui d’encourager l’investissement pour rendre l’avancée possible, ouvrir le champ des opportunités et servir l’inclusion, au bénéfice des populations malgaches. L’exemple d’Orange Madagascar est, à cet égard, révélateur. Orange est présente à Madagascar depuis plus de 25 ans. C’est dire la force de notre engagement et de notre ancrage dans la Grande Île. Néanmoins, durant tout ce temps, le cadre réglementaire ne nous permettait pas de déployer nos propres infrastructures de transport du réseau, dénommées backbone.

Quel a donc été l’élément déclencheur ?

En 2023, avec l’octroi d’une licence globale, cette limitation a été levée, nous autorisant à déployer l’ensemble des technologies et infrastructures du réseau. Cette évolution réglementaire salutaire a constitué un véritable déclencheur, en ouvrant de nouvelles possibilités d’investissement au bénéfice de l’écosystème numérique malgache. Depuis, nous avons investi 130 millions d’euros, soit environ 675 milliards d’ariary, et doublé la couverture de notre réseau, en déployant près de 700 nouveaux sites sur l’ensemble du territoire, amenant ainsi le réseau Orange au plus près des populations. En pratique, ce sont aujourd’hui plusieurs millions de Malagasy qui ont désormais l’opportunité de se connecter au monde via le réseau offrant la meilleure qualité de service du pays.

‘‘...L’enjeu n’est pas seulement de baisser les prix, mais de garantir un modèle durable...‘‘

Les autorités parlent d’un accès difficile à Internet. Est-il possible d’envisager une réduction des prix dans le contexte actuel ?

L’adoption des usages de l’Internet mobile reflète la situation contrastée et les défis que j’évoquais précédemment. À Madagascar, le taux de pénétration des usages Internet est estimé à environ 34 %, soit un niveau sensiblement inférieur à celui observé en Afrique subsaharienne, autour de 43 %, et très éloigné des standards mondiaux. Sont en jeu : la question de la détention de téléphones compatibles avec Internet, sans lesquels cet usage est tout simplement impossible ; les enjeux liés à l’analphabétisme ; les contraintes de pouvoir d’achat, qui orientent les priorités vers d’autres besoins essentiels ; mais aussi l’accès à l’énergie.

Le prix des services Internet n’est-il pas également l’un de ces leviers d’accessibilité et d’inclusion ?

Nous comprenons et entendons l’appel des autorités et des populations, les jeunes en particulier, à agir sur ce levier. Dans cet esprit d’écoute et de réponse positive aux attentes du marché, nous venons d’ailleurs d’opérer une baisse conséquente de nos prix d’accès à l’Internet mobile : nous avons ainsi doublé les volumes de nos pass les plus utilisés afin d’offrir encore plus d’abondance et de générosité à nos clients. Nous avons également lancé notre offre de fibre optique, ouvrant une nouvelle page pour l’Internet fixe à Madagascar et élargissant les possibilités de connexion. C’est un acte d’engagement vis-à-vis des autorités et de l’ensemble des clients qui nous font confiance.

C’est donc oui : il est possible de baisser les prix de l’Internet à Madagascar ?

Je voudrais expliciter un enjeu clé pour la suite : le défi de rendre ces baisses de prix durables et soutenables. En effet, dans le modèle économique d’un opérateur, le prix est l’une des variables d’une équation qui comporte d’autres facteurs : le niveau de trafic à écouler sur le réseau, le niveau d’investissement à consentir pour que ce trafic s’écoule avec une qualité satisfaisante pour les consommateurs, et enfin le coût unitaire induit pour chaque unité d’Internet utilisée (gigaoctet), la vente à perte n’étant pas une option viable. Pour illustrer cette équation complexe: lorsque le prix de l’Internet baisse, les usages augmentent et le trafic Internet croît progressivement.

Il faudra donc investir ?

Oui. Il faut alors réinvestir pour élargir les routes et autoroutes qu’emprunte ce trafic, afin de ne pas dégrader la qualité de service offerte aux clients. Cela nécessite des moyens financiers importants et renchérit le coût de production de l’unité d’Internet mobile. Ce coût de production devient lui-même un seuil minimal dans la fixation des prix, afin d’éviter toute vente à perte. Bref, le prix, au centre de nombreux intérêts, est la résultante d’une mécanique qu’il convient d’appréhender dans son ensemble.

Comment cela se traduit-il chez Orange Madagascar ?

Chez Orange Madagascar, nous avons une approche responsable : rendre Internet plus accessible tout en préservant la capacité d’investissement indispensable au déploiement et à l’amélioration des réseaux. Une baisse de prix qui affaiblirait les investissements se traduirait mécaniquement par une baisse de la qualité et un ralentissement de la couverture. L’enjeu n’est donc pas seulement de baisser les prix, mais de garantir un modèle durable : un Internet plus accessible, mais aussi plus fiable et de qualité, au service, dans la durée, de la transformation numérique du pays.

Comment alors garantir ce modèle durable ?

Rendre durables et soutenables nos efforts tarifaires, c’est les accompagner de mesures permettant de contenir nos coûts à un niveau raisonnable. C’est également tenir compte de la volatilité de la monnaie locale, qui impacte directement le coût des équipements majoritairement acquis en devises. C’est aussi prendre en compte l’inflation, qui renchérit nos coûts de production. Sur ces enjeux cruciaux pour l’avenir, nous sommes confiants dans la qualité du dialogue engagé avec les autorités, dans notre volonté commune de promouvoir l’inclusion numérique et financière et de mettre en place le cadre fiscal et réglementaire pertinent.

 Herisetra

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