Bemolanga ne peut pas encore être exploité en raison de coûts de production trop élevés et d’incertitudes techniques. Malgré la présence de pétrole confirmée, le projet reste économiquement défavorable pour le moment.
![]() |
| Présentation de thèse à l’Académie Malagasy ce mercredi à Tsimbazaza. |
Lors d’une intervention à l’Académie Malagasy à Tsimbazaza, le professeur George Rasamimanana, de l’École polytechnique de l’Université d’Antsirabe, a dressé un constat clair sur la situation du bloc pétrolier de Bemolanga : « Bemolanga ne peut pas encore être exploité car le coût de production reste trop élevé. » Il précise que « le niveau de certitude quant à son exploitation n’est actuellement que de 10 % ».
Selon le professeur Tahina Rambinintsoa, Bemolanga « fait partie des blocs pétroliers pour lesquels l’État a accordé un contrat en 2004 ». Le site avait déjà fait l’objet d’études dans les années 1980, financées par la Banque mondiale. « Un contrat a été signé en 2004 », rappelle-t-il, mais « en 2026, l’État a décidé d’annuler ce contrat », le projet n’ayant pas abouti à une exploitation effective.
Si la présence de pétrole est confirmée, de nombreuses inconnues subsistent : « Nous savons qu’il y a du pétrole sur le site, mais nous ne connaissons ni le volume exact, ni les caractéristiques de la roche, ni sa porosité, sa densité, son acidité ou encore sa teneur en soufre. »
Le développement d’un indice pétrolier est un processus long et coûteux.
« Développer un indice pétrolier peut prendre des dizaines d’années. Cela nécessite des moyens techniques importants, des équipements sophistiqués et des ressources financières conséquentes», explique-t-il.
Un pétrole non conventionnel et onéreux
Le principal obstacle reste le coût de production. « Le coût du baril est estimé à environ 60 dollars », souligne l’intervenant, un niveau jugé « trop élevé par rapport au marché mondial ».
Le professeur insiste également sur la nature du gisement : « Le type de pétrole présent à Bemolanga est non conventionnel. Il est difficile et complexe à extraire. » Cette spécificité technique renchérit davantage les coûts d’exploitation.
À l’inverse, le site de Tsimiroro est aujourd’hui considéré comme rentable. « Tsimiroro est jugé rentable et c’est sur ce site que les efforts sont concentrés », indique-t-il. La société Madagascar Oil a d’ailleurs repris ses activités sur ce gisement et prévoit une officialisation prochaine. « Nous devons investir prioritairement dans les projets rentables; il n’est pas possible d’engager des fonds importants sur un projet qui ne l’est pas encore », résume-t-il.
Pour autant, Bemolanga n’est pas abandonné. « Bemolanga n’est pas voué à l’échec, car le prix du pétrole continue d’augmenter », affirme le professeur. Selon lui, « d’ici cinq à dix ans, si la hausse des prix se poursuit, le site pourrait devenir compétitif ».
Le professeur Tahina Rambinintsoa rappelle que l’exploitation commence généralement par le pétrole léger, plus facile et moins coûteux à extraire, mais que l’épuisement progressif de ces réserves oblige les pays producteurs à se tourner vers le pétrole lourd. Il cite notamment l’exemple du Venezuela, qui exploite d’importantes réserves de pétrole lourd malgré des coûts élevés.
Ainsi, si la tendance haussière des prix mondiaux se confirme, Bemolanga pourrait à terme s’aligner sur les prix du marché et devenir rentable. En attendant, le projet reste freiné par une équation économique encore défavorable.
Irina Tsimijaly
