COOPÉRATION - Madagascar et la Russie se mettent au diapason

En visite officielle à Moscou, le colonel Michaël Randrianirina a rencontré le président russe Vladimir Poutine. Les échanges ont porté sur un renforcement de la coopération bilatérale dans plusieurs secteurs stratégiques.

Photo prise durant l’entretien entre le colonel Michaël Randrianirina et Vladimir Poutine, hier, au Kremlin.

En faire un exemple en Afrique. C’est le souhait émis par le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, quant à la coopération entre Madagascar et la Russie. Un souhait qu’il a formulé durant sa rencontre avec Vladimir Poutine, président russe, hier, au palais du Kremlin, à Moscou.

« La nation malgache est pleinement disposée à une coopération totale. Après 55 années de relations, Monsieur le Président, nous sommes prêts à ouvrir une nouvelle ère de coopération avec la Russie, afin qu’elle puisse servir d’exemple pour l’Afrique », déclare ainsi le colonel Randrianirina. Il affirme, par ailleurs, que cette visite officielle « est une manière de montrer au peuple russe notre volonté de coopérer avec la Russie dans tous les domaines que vous évoquez ».

Parlant de Madagascar comme « un des partenaires importants de la Russie en Afrique », Vladimir Poutine a indiqué que cette rencontre est une opportunité pour « discuter de toutes les questions d’intérêts mutuels ». Il a émis le souhait d’un renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines de l’agriculture, de l’exploitation minière, de la médecine, de l’énergie, de l’éducation, de la géologie et de la santé publique.

Le colonel Randrianirina a ajouté le domaine militaire dans ces champs de coopération à renforcer. Une facette des relations bilatérales entre Madagascar et la Russie qui a le vent en poupe depuis la prise de pouvoir de l’officier supérieur. Les livraisons d’armes et d’équipements militaires ont repris, avec en bonus des instructeurs militaires russes qui séjournent dans le pays depuis janvier.

Le patron du Kremlin a, par ailleurs, évoqué la possibilité d’un partenariat au niveau des instances internationales, notamment les Nations Unies. « (…) nous sommes prêts à développer ces relations à l’avenir et à travailler avec vous dans les plateformes internationales, y compris à l’ONU », soutient ainsi le Président russe.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, en février 2022, la Russie veut renforcer les rangs de ses alliés au sein des instances internationales, particulièrement au sein de l’ONU. Jusqu’ici, la Grande Île maintient une position non alignée dans les débats et les votes sur ce dossier aux Nations Unies. Vladimir Poutine a toutefois déclaré : « vous avez de bonnes perspectives ici pour renforcer les relations bilatérales dans le domaine politique ».

Réajustement diplomatique

Il pourrait être question ici de coopération politique, ce qui impliquerait une coordination des positions des deux pays sur des sujets globaux ou régionaux tels que la sécurité internationale et les conflits. De son côté, le colonel Randrianirina requiert l’appui des Russes face à la conjoncture nationale. Selon ses dires, il considère la Russie comme « susceptible de nous apporter un soutien encore plus important, en ce moment où la situation à Madagascar demeure difficile, tant sur le plan politique qu’économique ».

Au regard de l’agencement des propos du patron du Kremlin, le renforcement des relations bilatérales dans le domaine politique qu’il a évoqué pourrait concerner l’appui « aux efforts du pouvoir pour améliorer la situation du pays en général ». Quoi qu’il en soit, cette visite officielle et la rencontre d’hier marquent un réajustement de la trajectoire diplomatique malgache. Une réorientation qui, visiblement, replace la Russie au premier rang des partenariats bilatéraux du pays.

Le choix de l’officier supérieur de rencontrer le Président russe pour sa première visite officielle à un autre Chef d’État parle de lui-même. Le dernier déplacement officiel d’un Chef d’État malgache en Russie remonte à juin 1978, avec feu l’ancien président Didier Ratsiraka. Ouvertement socialiste, l’amiral avait tissé des liens étroits avec l’ancienne Union soviétique, ou URSS, avant de s’engager dans un virage libéral à partir de 1983, le pays ayant été au bord d’une faillite socio-économique.

Le colonel Randrianirina défend son déplacement en Russie par « l’attachement au multilatéralisme, à la diplomatie tous azimuts », en ajoutant :  « (…) il ne s’agit pas de choisir nos partenaires en fonction des pays, mais d’entretenir des relations avec tout État que nous estimons susceptible d’apporter des bénéfices au peuple malgache ». Il est probablement conscient que son voyage pourrait incommoder les partenaires occidentaux de la Grande Île, particulièrement les Européens.

Les Européens et la Russie sont à couteaux tirés depuis le début de la guerre en Ukraine. Toutefois, contrairement aux États du Sahel, entre autres, les autorités malgaches ne tiennent pas un discours et ne mènent pas une politique de rupture avec leurs autres partenaires. Au contraire, le Chef de l’État affirme vouloir consolider la coopération avec les partenaires traditionnels du pays, mais dans un esprit de « relation gagnant-gagnant ».

Ce rapprochement avec la Russie pourrait s’inscrire dans une volonté de rééquilibrer le champ des relations internationales de la Grande Île dans la géopolitique mondiale en recomposition. Cependant, comme le soulignent des observateurs, dans le contexte de confrontations diplomatiques, économiques et stratégiques actuel, « tout l’enjeu est de ne pas perdre de vue l’intérêt national et d’éviter que Madagascar ne devienne un théâtre des rivalités des grandes puissances ».

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. L'URSS des années 80 et la Russie de maintenant sont quasiment la même chose. En sera t il de même pour nous en 2026 ? La Russie va surtout pouvoir s'installer dans l'Océan Indien. L'Occident va s'éclipser ... qu'en sera t il au niveau scolaire, éducation, santé , économique, ... Va falloir parler russe les enfants ...

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