Le secteur agricole malgache demeure fragile et plusieurs freins entravent son élan. La Foire internationale de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche a été l’occasion de mettre un mot sur ces blocages.
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| Le secteur agricole pèse près de 26 % du PIB de la Grande Île et génère 65 % des emplois. |
Derrière les plus de 220 stands d’exposition de la Foire internationale de l’agriculture, ouverte au Centre de conférences international (CCI) d’Ivato hier, les discussions sur l’avenir du secteur agricole vont bon train. Les analystes se sont succédé pour parler de la transformation locale. La situation est préoccupante. Le potentiel agricole de Madagascar est élevé, mais une grande partie reste encore vendue à l’état brut. Cela génère des revenus, mais à très faible valeur ajoutée. De l’autre côté, les produits agroalimentaires importés inondent le marché. Une situation qui entraîne chaque année des pertes d’emplois et fragilise davantage le secteur agricole.
« Pour mettre en place des systèmes agroalimentaires solides, il ne suffit pas de mettre en place des usines. Pour qu’une usine fonctionne durablement, il faut disposer de matières premières en quantité et en qualité suffisantes », explique Tatamiarisoa Manankoraisina Landry, secrétaire général du ministère de l’Industrialisation et du Développement du secteur privé. Du côté des opérateurs économiques, on entend le même son de cloche.
« Sans matières premières, il n’y a pas d’industries ! », évoque Danil Ismaël, PDG du groupe Inviso. « En important massivement du riz, l’État subventionne les paysans indiens et pakistanais ; en important du sucre, il subventionne les paysans brésiliens. Chaque année, des milliards d’ariary sont utilisés pour importer des produits, pourquoi ne pas en utiliser une certaine partie pour subventionner nos propres paysans ? Si nous les subventionnons, la transformation locale se fera d’elle-même », assène-t-il.
Réformes
Danil Ismaël ajoute que « pour satisfaire aux besoins de la transformation locale, la matière première devra être disponible tout au long de l’année ». Sur ce plan, des réformes restent à mener, puisqu’il s’agit d’un problème récurrent dans le secteur agricole malgache : les paysans ne sont pas en mesure de produire de la matière première en quantité suffisante, même pour le marché local.
Cette situation pénalise la compétitivité des produits malgaches et freine les ambitions de transformation locale. À cela s’ajoutent les difficultés liées à l’énergie et aux infrastructures, le manque de financements ainsi que l’insuffisance de programmes structurels destinés à développer les filières agricoles, d’élevage et de pêche.
Hormis ces problèmes, le secteur agricole souffre également d’un gaspillage massif. En raison du déficit criant d’infrastructures de stockage et de conservation, des tonnes de produits périssables sont perdues dans certaines filières. L’accès aux intrants agricoles de qualité (semences améliorées, engrais) et aux technologies modernes reste extrêmement limité et le secteur est très vulnérable face aux effets du changement climatique.
Pour y faire face, le ministère de l’Agriculture indique mettre en place des stratégies pour « sécuriser » cette production agricole et améliorer l’accès à l’énergie, en développant des partenariats pour la mécanisation, l’irrigation, la distribution des semences ainsi que le stockage des produits.
« Nous voulons également soutenir les coopératives et aider les producteurs à développer des partenariats équitables avec les usines », indique pour sa part Arsène Rabarison, secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
Selon le ministère de l’Agriculture, le secteur agricole pèse entre 23 % et 26 % du PIB de la Grande Île. Si l’on intègre l’ensemble de la chaîne de valeur, incluant l’industrie agroalimentaire, le poids réel de l’agriculture grimpe à près de 43 % de l’économie nationale, selon un document stratégique de la Banque mondiale, paru en mars 2025. Il s’agit donc d’un secteur stratégique pour la Grande Île. Emprunter la voie de la transformation locale permettrait à Madagascar de sécuriser sa souveraineté alimentaire, si les moyens et la volonté s’y prêtent.
Itamara Otton
