PRIX SENGHOR DU PREMIER ROMAN - « Fortune » d’Élie Ramanankavana en lice

 Le premier roman de l’écrivain malgache Élie Ramanankavana figure parmi les douze œuvres retenues pour le Prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2026.

Élie Ramanankavana, auteur de « Fortune », sélectionné pour le Prix Senghor du premier roman 2026.

Une voix malgache parmi douze premiers romans. Avec « Fortune », Élie Ramanankavana franchit une nouvelle étape dans son parcours littéraire en intégrant la sélection finale du Prix Senghor du premier roman francophone et francophile. Créé en 2006 en hommage à Léopold Sédar Senghor, ce prix récompense chaque année un premier roman écrit en langue française et entend mettre en lumière de nouveaux talents de la littérature francophone. Cette année, douze romans sont en lice, contre dix habituellement, parmi les 36 ouvrages reçus par le jury. Le lauréat doit être annoncé d’ici la fin du mois de septembre.

Pour Élie Ramanankavana, cette sélection représente surtout une occasion de faire entendre une voix malgache au-delà des frontières. « Je trouve que c’est important que nous puissions avoir une voix, que l’on ne soit pas juste un objet d’étude, un cas de sous-développement ou une destination touristique », explique-t-il. L’auteur considère Madagascar comme un véritable carrefour d’humanité, notamment en raison de sa position géographique et de son insularité. « Nous sommes une île, nous sommes un carrefour d’humanité. De ce fait, on a beaucoup de choses à dire. Et ce que l’on dit concerne le monde entier. » Sa présence dans cette sélection constitue ainsi, selon lui, une opportunité de porter cette parole dans un espace littéraire international.

La candidature de « Fortune » ne résulte pas directement d’une démarche personnelle de l’auteur. 

« C’est mon éditeur qui a décidé de faire concourir Fortune. La participation aux prix littéraires relève généralement de la décision de la maison d’édition. » Élie Ramanankavana mesure d’autant plus l’importance de cette sélection qu’il connaît les exigences du Prix Senghor, particulièrement attentif au travail de la langue. Il cite notamment l’exemple d’Ali Zamir, récompensé pour son premier roman « Anguille sous roche », construit sur une seule phrase.

Un roman ancré dans les réalités malgaches

Publié aux éditions Edern, « Fortune » est le premier roman d’Élie Ramanankavana après deux recueils de poésie, « Encre et lumière » et « Mille naissances pour quelques morts ». Dans cette œuvre, l’auteur mêle mémoire familiale, réalités sociales et histoire malgache. La famille y occupe une place centrale, à partir d’éléments inspirés notamment de son histoire personnelle et de celle de sa femme. Les trajectoires individuelles deviennent ainsi le reflet de problématiques plus larges et font écho aux révoltes populaires qui ont marqué l’histoire du pays.

Poète avant d’être romancier, Élie Ramanankavana revendique une écriture libre, à la frontière entre poésie et narration. Son regard se veut sans concession sur une société confrontée à la misère, à la corruption, à la prédation et à la déshumanisation. À travers « Fortune », il interroge également les récits que les individus et les sociétés construisent sur eux-mêmes, ainsi que les blessures et les ressentiments qui peuvent les enfermer dans des cycles répétitifs. La lucidité, la compréhension et le pardon apparaissent alors comme des pistes de libération.

Avec cette sélection au Prix Senghor, « Fortune » place ainsi une œuvre malgache sur une scène littéraire francophone internationale, offrant à son auteur l’occasion de faire entendre une voix nourrie par les réalités de Madagascar et ouverte sur le monde.

Cassie Ramiandrasoa

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne