L’auto…mobile du crime

On ne le dira jamais assez, le transport public constitue un danger permanent pour les usagers. À preuve, un taxi-be a été l’auteur d’un homicide involontaire hier à Ambohidahy, à la sortie du tunnel Ralaimongo. Neuf piétons se sont trouvés au mauvais endroit et au mauvais moment. Ils marchaient tranquillement sur le trottoir lorsque le taxi-be venant de derrière les a fauchés. On ignore exactement la cause de l’accident étant donné que le véhicule n’avait pas de problème de freinage comme on le laissait croire. Sur les neuf blessés, deux ont succombé à l’hôpital, dont un sapeur-pompier qui allait rejoindre son domicile après avoir effectué son service. La deuxième victime est une femme dont on ne connaît pas l’identité. Deux vies brisées, des familles abattues. Le sapeur-pompier laisse une veuve et trois orphelins dont l’avenir est hypothéqué par cette disparition soudaine.

Cet accident mortel met à nu une nouvelle fois le laxisme qui règne dans l’univers du transport public. N’ayons pas peur des mots, il s’agit de la loi de la jungle. À première vue, le conducteur n’a pas su maîtriser son véhicule. Soit, il n’avait pas de permis de conduire, soit, il s’agit d’un ancien receveur promu chauffeur sans avoir l’expérience et l’art de la conduite. Ce sont des cas fréquents. Avec la corruption, on peut avoir facilement un permis de conduire même si on confond les pédales et qu’on appuie sur le champignon plutôt que sur le frein. Le véhicule a été du coup propulsé soudainement. Le conducteur aurait été surpris et le drame est arrivé. Ce n’est qu’une hypothèse comme tant d’autres. Le fait est que certains taxis-be sont conduits par des personnes ayant des déficiences physiques. 

C’est également le cas dans le transport des marchandises. On n’en veut pour preuve que ce qui se passe tous les jours sur la RN2 vers Toamasina. La circulation est souvent bloquée par l’incivisme et l’indiscipline des camionneurs qui ne font qu’à leur tête, qui se foutent pas mal du code de la route et des règles élémentaires de la conduite. Il est clair qu’ils ont eu leur permis par un autre chemin que par la voie légale. C’est d’autant plus vrai que les écoles de conduite de poids lourds se font rares, voire inexistantes dans certains endroits éloignés où il n’y a ni auto-école ni examinateur.

Il y a également l’état des voitures qui opèrent dans le transport public. Certaines se trouvent dans un état lamentable, lessivées par une trentaine d’années de service, mais qu’on continue d’utiliser même si elles roulent cahin-caha. On se demande comment elles ont eu le droit de rouler alors que certaines sont de véritables carcasses. Il faut prendre des mesures drastiques pour juguler l’hémorragie. Les véhicules de plus de 30 ans, qu’il s’agisse de taxi, de taxi-be ou de taxi-brousse, doivent être retirés du transport public, sinon de la circulation. Il faut arrêter le massacre. La pauvreté ne doit pas être « l’auto…mobile du crime ». Le sentiment ne doit pas prévaloir dans ce genre de décision. C’est bien de voir des responsables gouvernementaux accourir pour soutenir les blessés, mais c’est mieux d’épargner la population du trans… peur public.

Sylvain Ranjalahy 

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