Ville morte

La capitale étouffe de plus en plus. Les récentes mesures d’assainissement prises par le nouveau PDS remises en cause par les transporteurs, les marchands de rue, les taxis-vélo… montrent que la capitale est devenue carrément ingérable. On est arrivé à un point où il est absolument impossible de changer quoi que ce soit, de remettre de l’ordre, de faire appliquer la loi.  Un véritable capharnaüm où « chacun fait ce qui lui plaît » comme le groupe Chagrin d’amour en 1981. Et dans le film Capharnaüm sorti en 2018, un gamin de 12 ans vivant dans la rue a porté plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. Des millions d’enfants et d’individus vivent dans les mêmes conditions d’un bout à l’autre de la ville et n’auraient pas demandé à naître dans cet enfer indescriptible.

Des canaux d’évacuation bouchés par des bouteilles en plastique et toutes sortes de déchets y compris des bébés mort-nés. Des bacs à ordures bondés non enlevés depuis plusieurs jours. Des foyers sans puisards, sans latrines, sans égouts d’évacuation qui plongent des quartiers comme Andravoahangy, Andranomanalina, dans un éternel calvaire avec de l’eau stagnante toute l’année et une odeur nauséabonde asphyxiante.

Des petits marchands de n’importe quoi qui des bois d’allumage, qui des soupes populaires, qui du tambavy, qui de la brocante qui ne sert plus à grand-chose… Des sans-abri qui sèchent leur linge sur la clôture des jardins à Analakely et Ampefiloha. Des jardins qui n’ont été entretenus pour faire le beau aux visiteurs étrangers.

Le topo est quasiment le même du nord au sud, d’est en ouest. L’anarchie est le dénominateur commun de cette population pauvre, sans éducation, hors la loi, imperméable à toute tentative d’assainissement. Une nouvelle classe sociale a pris possession de la capitale et en fait ce qu’elle veut. 

On a beau tout tenter, on se heurte à un irréductible refus de céder du terrain, de se soumettre aux règles et aux lois. Et chaque jour l’anarchie gagne un peu plus de terrain. Les mesures annoncées restent au niveau des intentions et disparaissent tel un mirage. Pas plus tard que cette semaine, une note interdit la circulation des taxis-vélo en ville, mais ils sont partout et ignorent royalement cette mesure. 

Il va falloir un grand coup de paille de fer pour pouvoir reluire la capitale. On n’ose pas imaginer que cela soit possible. L’idée d’une nouvelle ville n’était pas du tout un caprice. On ne peut plus rien faire dans la capitale. C’est une ville à l’agonie qui sera bientôt  immergée dans la profondeur de la saleté, de l’indiscipline, de l’insécurité…

C’est dommage que le projet n’ait pas abouti. Le projet était la solution pour déplacer la capitale à défaut de pouvoir lui faire un lavage haute pression. C’est un passage incontournable qu’on réalisera tôt ou tard. Plutôt tôt que tard étant donné qu’Antananarivo est la ville de tous les dangers. 

Il n’y a aucun moyen d’élargir les rues, construire des aires de jeu, d’aménager des espaces verts, bâtir des infrastructures sportives… Antananarivo est une ville vouée à disparaître comme Pompéi (ville italienne près de Naples) qui fût détruite par l’éruption du Vésuve. À cette nuance que c’est sa population elle-même qui détruit la capitale à petit feu. 

Une ville morte n’a jamais autant signifié son sens. Mourir ne signifie pas forcément arrêt du cœur, mourir c’est aussi perdre petit à petit son âme et son charme. 

Remettre sur orbite la capitale ressemble à un travail de forçat sans avoir été condamné. 

Sylvain Ranjalahy 

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne