ONU - MOSCOU - BERLIN - L’État repositionne ses ambassadeurs

Trois nouveaux ambassadeurs ont été nommés en Conseil des ministres, mardi. Des nominations qui traduisent un redéploiement diplomatique de Madagascar auprès des instances multilatérales et des capitales.

Madagascar sera à nouveau représenté durant les réunions au sein des instances onusiennes à New York.

New York, auprès des Nations Unies, Moscou et Berlin. Telles sont les destinations des trois nouveaux ambassadeurs nouvellement nommés en Conseil des ministres, mardi. Des nominations que le ministère des Affaires étrangères affirme comme étant « une avancée majeure dans le déploiement de la diplomatie malgache ». À une certaine mesure, elles marquent un repositionnement de la Grande Île au sein d’instances et de capitales où elle était absente depuis un certain temps.

Ny Hasina Andriamanjato, ancien ministre des Postes et de la Télécommunication, et également ancien vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères, est le nouvel ambassadeur de Madagascar auprès de la Russie. Alain Manajary Razafimbelo, ancien ministre des Travaux publics, est le nouveau numéro un de la représentation diplomatique malgache en Allemagne. Lanto Rahajarizafy, diplomate de carrière et actuelle directrice générale des partenariats et de la diaspora auprès du ministère des Affaires étrangères, est la nouvelle ambassadrice de Madagascar auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Dans un communiqué pour annoncer la nomination des trois nouveaux ambassadeurs, le ministère des Affaires étrangères, toujours, soutient que « ces désignations témoignent de la détermination de la Refondation de la République de Madagascar à renforcer sa présence dans des instances multilatérales et des capitales stratégiques, à approfondir ses relations bilatérales et à défendre avec efficacité ses intérêts sur la scène internationale ».

Ces trois nouvelles nominations viennent combler un vide diplomatique béant. Aux Nations Unies, à New York, la représentation permanente n’a plus eu d’ambassadeur ni même de chargé d’affaires depuis quelques années. Le personnel a également été rapatrié. Seul un agent comptable est resté en poste. En conséquence, Madagascar a été absente de plusieurs débats et votes au sein des instances onusiennes. La nomination de mardi permet ainsi de rectifier ce handicap.

Pareillement, en Russie, Alphonse Maxime Dovo, le dernier ambassadeur malgache qui officiait à Moscou, est entré en 2018 après avoir été nommé ministre des Affaires étrangères. Depuis, il n’a pas été remplacé. La nomination de mardi est visiblement le signe de la nouvelle dynamique des relations avec la Russie. Cela fait plusieurs années également que l’ambassade malgache à Berlin est dépourvue d’ambassadeur. L’Allemagne est pourtant la première puissance économique de l’Union européenne (UE).

Des politiciens et une diplomate

Jusqu’ici, huit ambassadeurs ont donc été nommés. Outre les trois d’hier, de nouveaux ambassadeurs ont été nommés en Conseil des ministres le 28 avril pour la France, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Suisse avec l’Office des Nations Unies à Genève, et l’Éthiopie avec l’Union africaine. Ils sont sept hommes, des figures politiques pour l’essentiel, et une seule femme, qui est la seule diplomate de carrière de la liste.

Questionné sur les raisons qui ont porté le choix de l’État sur ces personnalités, leurs atouts et les détails sur les enjeux de leur nomination, le siège de la diplomatie malgache n’a toutefois pas répondu jusqu’à l’heure. Néanmoins, au regard de leur parcours, les trois ambassadeurs nouvellement nommés mardi semblent au fait des enjeux diplomatiques et géopolitiques de leur pays et de leur instance d’affectation.

Ny Hasina Andriamanjato, avant de se faire connaître sur la scène politique durant les années 90 en étant ministre des Postes et de la Télécommunication, a fait ses études en Russie. Outre la langue, il devrait être au fait du contexte russe. Par ailleurs, le parti AKFM, fondé par son père, feu le pasteur Richard Andriamanjato, avait de bonnes relations avec les autorités de l’ancienne Union soviétique.

Il est probable que le nouvel ambassadeur ait encore de bons réseaux au sein des arcanes du pouvoir russe, de par ses années estudiantines et via le parti de son père, qui est également son cocon politique. Ce qui expliquerait sa présence en première ligne de la délégation présidentielle lors de la visite officielle en Russie en février.

Avant de se faire un nom en tant que ministre des Travaux publics durant une partie de la Transition de 2009 à 2013, Alain Manajary Razafimbelo a également déjà officié comme conseiller d’ambassade auprès de la représentation diplomatique malgache en Allemagne. Diplomate chevronnée, Lanto Rahajarizafy était déjà en poste à New York comme premier conseiller entre 2009 et 2014.

Par ailleurs, sur les capitales et instances qui pourraient être considérées comme stratégiques, Bruxelles avec l’UE attend toujours des ambassadeurs. Le Japon, le Canada ou encore la Grande-Bretagne, membres du G7, sont toujours dépourvus d’ambassadeurs. Pareillement pour la Chine et l’Inde, qui font partie des BRICS dont Madagascar aspire à être un pays partenaire.

Garry Fabrice Ranaivoson

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne