Les taxi-villes d’Antananarivo peinent à survivre. Une partie des chauffeurs abandonne progressivement l’activité.
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| Des taxi-ville alignés en stationnement à Analakely. |
Le beige crème des taxi-villes disparaît peu à peu des rues d’Antananarivo. Longtemps omniprésents dans le paysage urbain, ces véhicules voient leur activité s’éroder sous l’effet de nouveaux modes de transport, plus souples et souvent moins coûteux. Pour de nombreux chauffeurs, le métier n’est plus rentable.
Lanto Randriamamonjy fait partie de ceux qui ont quitté la profession. Ancien chauffeur de taxi-ville, il a vendu il y a deux ans sa Renault 11, son dernier véhicule, avant de se reconvertir dans l’agriculture.
« J’ai abandonné ce métier parce qu’il n’était plus rentable. La concurrence est devenue trop forte, notamment avec des acteurs comme les taxi-bicyclettes et les taxi-motos, qui ne sont même pas dans le secteur formel. Par ailleurs, les pièces détachées deviennent de plus en plus chères, tandis que les patentes restent obligatoires. J’ai préféré retourner vivre en milieu rural et cultiver», explique-t-il.
L’homme s’était pourtant investi durablement dans cette activité depuis les années 2000. Jusqu’à trois véhicules ont circulé sous sa gestion. « Je les ai vendus un à un. J’ai construit des maisons avec et je vis avec les loyers de ces maisons et ma production rizicole, actuellement. C’est un peu ma retraite», poursuit-il.
Comme lui, plusieurs transporteurs ont quitté le secteur. Certains immobilisent leurs véhicules faute de rentabilité, d’autres tentent de les revendre à bas prix. À Antohomadinika, Eddy, démonteur de véhicules pour pièces détachées, voit défiler les anciens taxis.
Une profession fragilisée
« Certains font marche arrière lorsqu’ils entendent ma proposition de 800 000 ariary. Pourtant, ils reconnaissent eux-mêmes que ce métier ne rapporte plus. Ils les vendent, sûrement, mais à d’autres démonteurs qui proposent un meilleur prix », raconte-t-il.
Selon l’Association des taxis d’Antananarivo (FTAR), seule la moitié des 7 800 taxis recensés dans la capitale exercerait encore réellement. « Notre profession sombre peu à peu dans le déclin», déplore Alain Andriamanarivo, vice-président de la FTAR.
Les chauffeurs qui parviennent encore à maintenir leur activité sont souvent ceux qui possèdent leur propre véhicule ou disposent d’une clientèle régulière. « Mon avantage, c’est que j’ai des clients réguliers qui font souvent appel à mes services. Mais se contenter d’attendre des clients dans les circonstances actuelles semble difficile », confie Hasina Ratsimbazafy, chauffeur de taxi-ville.
Les professionnels dénoncent surtout une concurrence qu’ils jugent inéquitable. Les nouveaux acteurs du transport urbain proposent des tarifs plus accessibles, tout en étant soumis à des contraintes administratives et fiscales moins lourdes, selon eux.
« C’est évident si le tarif de ces transports émergents est abordable. Les taxi-villes sont limités au supercarburant, alors que les autres peuvent utiliser n’importe quelle énergie. Certains véhicules ont des numéros WWT ou des plaques venant des provinces, mais ils exercent quand même à Antananarivo-ville. Ils ne paient ni patente ni frais de stationnement, et leur visite technique annuelle leur suffit pour travailler, alors que nous devons passer une visite tous les quatre mois. Nous payons, par ailleurs, une assurance plus chère », déplore Alain Rakotondrainibe.
Il regrette que ces activités « informelles » continuent d’être tolérées par l’État. Certains transporteurs menacent désormais de suspendre le paiement de leurs taxes afin, disent-ils, d’être placés sur un pied d’égalité avec les nouveaux opérateurs.
« Des démarches ont déjà été engagées concernant ces nouveaux moyens de transport. L’objectif est de les réglementer», indique une source.
Miangaly Ralitera
