Les assises consacrées au foncier, au logement et à l’habitat ont marqué, à Antsiranana, une étape dans la volonté affichée des autorités et des acteurs du secteur d’engager une réforme en profondeur d’un domaine durablement fragilisé.
| Environ trois cents personnes issues de différents secteurs et entités ont discuté sur le foncier, le logement et l’habitat. |
Pendant deux jours, techniciens, responsables publics, collectivités territoriales et partenaires techniques ont confronté leurs analyses lors d’une rencontre tenue à l’Hôtel de la Poste, avec l’objectif de faire émerger des réponses opérationnelles à une crise persistante.
Le diagnostic, lui, est largement partagé. Le foncier demeure verrouillé, l’accès au logement reste hors de portée pour une part importante de la population, tandis que l’habitat se développe souvent sans encadrement. La rencontre a, une nouvelle fois, mis en lumière des dysfonctionnements déjà identifiés.
Dans ce contexte, la question foncière s’impose comme l’un des principaux freins au développement, tant urbain que rural. Insécurité juridique, lenteur des procédures d’immatriculation, multiplication des litiges liés à la terre : autant de facteurs qui alimentent les blocages. Les participants ont notamment insisté sur la nécessité d’accélérer la modernisation du cadastre, de simplifier les démarches administratives et de renforcer la transparence dans la gestion des terres.
Le constat est similaire s’agissant du logement. Le déficit en habitations décentes continue de se creuser, en particulier dans les zones urbaines en forte croissance. Plusieurs intervenants ont plaidé pour une politique plus volontariste, fondée sur la production de logements sociaux, un meilleur accès au crédit immobilier et un encadrement accru du marché afin de contenir la spéculation.
Sans appel
Sur le volet de l’habitat, les échanges ont souligné l’ampleur des défis liés à l’urbanisation non maîtrisée, à l’extension des quartiers informels et au manque d’infrastructures de base. Les recommandations mettent en avant la nécessité d’un aménagement du territoire plus cohérent, intégrant les enjeux environnementaux et sociaux, ainsi qu’un renforcement du rôle des collectivités locales dans la planification.
Dans la région Diana, les besoins en logements sont estimés à près de 4 700 unités par an, sous l’effet d’une croissance démographique soutenue, accentuée par les mouvements migratoires, qui mettent sous tension les capacités d’accueil.
Au-delà des chiffres, c’est aussi la gouvernance qui est interrogée. « Trop souvent, les décisions viennent d’en haut », résument plusieurs participants, appelant à une approche davantage décentralisée.
Selon la directrice régionale de l’aménagement du territoire et des services fonciers, Emma Ravaoarisoa, la région présente toutefois une spécificité : les tensions ne portent pas tant sur la disponibilité des terrains que sur les pratiques. « Au-delà des questions techniques et administratives, dans le Nord, nombreux sont ceux qui évitent les démarches directes, préférant passer par des intermédiaires », explique-t-elle. Des circuits informels qui favorisent abus, fraudes et surcoûts pour les usagers.
Les propositions issues de ces assises doivent désormais être transmises au niveau central afin d’alimenter l’élaboration des politiques publiques. Reste à savoir si ces orientations seront suivies d’effets. La capacité à traduire ces recommandations en actions concrètes demeure, pour l’heure, l’enjeu principal.
Raheriniaina