COOPÉRATION MILITAIRE - Madagascar et la France resserrent les rangs

À travers deux accords signés cette semaine, l’accent a été mis sur le renforcement de la coopération de défense entre Madagascar et la France. Renforcer l’interopérabilité et la capacité à répondre ensemble aux enjeux communs de sécurité sont les objectifs affirmés.

Les autorités militaires durant la revue des troupes, jeudi, à Antsiranana.

Un partenariat de défense qui se renforce. C’est ce qu’affirme d’entrée la version française du communiqué conjoint, publié hier, sur les deux événements militaires impliquant les armées malgache et française, par le biais des Forces armées de la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI), qui se sont déroulés à Antananarivo et à Antsiranana, mercredi et jeudi.

« France - Madagascar: un partenariat de défense qui se renforce sur terre, en mer et dans les airs au bénéfice de la sécurité des territoires », titre donc la missive, qui ajoute: « dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires croissants, Madagascar et la France ont réaffirmé la solidité de leur partenariat de défense ». Le but est de « bâtir des capacités durables, poursuivre l’interopérabilité entre les forces et approfondir une coopération de proximité au service de la sécurité dans l’océan Indien en général ».

Le premier événement, qui s’est tenu mercredi dans la capitale, consiste en la signature d’une lettre d’intention pour le développement de la capacité drone de renseignement et de reconnaissance des Forces armées malgaches. Le projet vise la création d’une filière drone de renseignement destinée, notamment, à renforcer la capacité opérationnelle des Forces de défense et de sécurité (FDS) dans la lutte contre le banditisme rural. Il implique la fourniture d’équipements, la formation et l’élaboration d’une doctrine d’emploi, entre autres.

Le second accord, signé dans la capitale de la région DIANA jeudi, porte sur le renouvellement du jumelage entre le 2e Bataillon d’infanterie de marine (2e BIMa) malgache, basé à Antsiranana, et le 5e Régiment étranger français, à Mayotte. Il s’agit d’un jumelage qui date de 2015, mais sous une autre appellation. À l’occasion de ces deux événements, le général Jean de Monicault, commandant supérieur des FAZSOI, a fait le déplacement à Madagascar.

À Antsiranana, au sujet de la sécurité maritime notamment, le général de Monicault explique que la redynamisation entre les deux entités de la marine malgache et française permet « de se projeter dans l’avenir avec une instruction commune, pour une meilleure interopérabilité, c’est-à-dire une meilleure capacité d’agir ensemble. Nous faisons face aux mêmes défis et nous sommes dans la même zone [océan Indien] ».

Coopération tous azimuts

Pour sa part, l’amiral Kalobe Mickaël Sam Hieng Twion, chef d’état-major de la marine malgache, souligne que « ce qui se passe en mer ne peut pas être géré par un seul pays. Il s’agit d’enjeux et de batailles communes qui nécessitent une interopérabilité ».

Alors que la version française du communiqué conjoint affirme sans ambages que les deux événements militaires de cette semaine témoignent du renforcement du partenariat de défense entre Madagascar et la France, la publication faite par le ministère des Forces armées malgaches sur sa page Facebook est plus sobre. Elle ne parle que du renouvellement du jumelage entre les deux entités militaires à Antsiranana.

Quoi qu’il en soit, ces deux événements et la portée qui leur est accordée dans le communiqué publié hier cadrent avec le contexte d’une recomposition des alliances stratégiques de Madagascar. Une réorientation matérialisée particulièrement par le volet coopération militaire. L’ancienneté des relations bilatérales entre la France et Madagascar, notamment dans le domaine de la sécurité et de la défense, est mise en avant dans la missive d’hier.

Toutefois, depuis quelques mois, la Grande Île redynamise sa coopération militaire avec la Russie, dont l’ancienneté est aussi soulignée par les autorités. Ce rapprochement du pouvoir de la refondation de la République avec la Russie marque le retour des éléments militaires russes dans la zone sud de l’océan Indien. Plusieurs militaires russes sont dans le pays depuis quelques mois pour former leurs homologues de l’armée malgache.

Des armes et d’autres équipements militaires, dont des drones de combat, des chars et des hélicoptères, ont également été livrés par les Russes. Dans son émission spéciale diffusée sur la chaîne publique TVM dimanche, le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, a expliqué que ce volet militaire de la coopération avec la Russie est une « urgence », afin de redonner une capacité opérationnelle à l’armée malgache.

À La Réunion, en mars, alors qu’il assistait à l’exercice conjoint entre l’armée malgache, les FAZSOI et les autres armées des îles de l’océan Indien, le général Démosthène Pikulas, chef d’état-major des armées (CEMA), a été questionné sur les orientations de la diplomatie militaire malgache. Il a expliqué que « la coopération tous azimuts», cette doctrine diplomatique de l’État, s’applique également au volet militaire.

« La question n’est pas de savoir pourquoi ou comment travailler avec les Russes. Elle est de définir dans quel domaine cette coopération peut s’exercer. Madagascar est un pays libre et souverain, et nous essayons de travailler avec tout le monde. Le véritable enjeu n’est pas de savoir avec qui travailler, mais de bien définir ce que nous allons faire, avec quel pays et avec quelle force», a alors déclaré le général Pikulas.

Garry Fabrice Ranaivoson

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