ALPINISME - « Nous misons sur la pré-acclimatation en tente hypoxique »

La famille Bouka, le père Zouzar, ses deux fils Raïs et Raj Alexandre, entamera dans une dizaine de jours, la deuxième ascension du Mont Everest.


Comment allez-vous aborder l’ascension cette fois-ci ? 

Notre approche sera différente, surtout grâce à une pré-acclimatation avec des tentes hypoxiques. Depuis environ 50 jours avant notre départ pour le Népal, nous dormons dans ces tentes qui produisent progressivement les conditions de haute altitude. Chaque nuit, nous augmentons l’altitude simulée. Par exemple, la nuit dernière, j’ai fait une sorte de « rotation virtuelle » jusqu’ aux camps 1 et 2, en dormant à une altitude simulée de 6 500 m. L’idée est d’habituer le corps au manque d’oxygène avant même d’arriver dans l’Himalaya. Normalement, cela doit nous permettre d’arriver mieux préparés et de gagner du temps sur l’acclimatation sur place. Mais cette méthode rend aussi notre préparation ici en Autriche très exigeante. Autre différence importante cette année, avant l’Everest, nous allons gravir le Mera Peak, qui culmine à 6 476 m. Le but est de vérifier si notre préparation sous tente hypoxique fonctionne réellement. Si ce n’est pas suffisant, nous pourrons y prolonger l’acclimatation, ensuite sur l’Everest. C’est aussi un bon test général pour voir comment nous nous sentons physiquement et mentalement. Après cela, nous rejoindrons l’Everest Base Camp, puis nous attendrons la bonne fenêtre météo pour lancer la tentative vers le sommet.

Comment allez-vous combattre le froid glacial ?

Le froid sur le Mont Everest est une bataille constante, dès le camp de base. Beaucoup pensent que la vraie difficulté commence seulement plus haut. Les nuits sont dures, l’air est très sec, les températures passent largement sous zéro. Plus nous montons, plus cela devient extrême. Dans les camps supérieurs, nous pouvons avoir -25 à -40 °C, parfois pire. Mais souvent, le vrai problème, c’est le vent. Avec des rafales de 40 à 70 km/h, la température ressentie peut tomber vers -40 à -50 °C. Nous le sentons entrer dans les gants, les chaussures, sur le visage, même avec un très bon équipement. L’an dernier, mon expédition s’est arrêtée à cause d’engelures. Donc cette fois, je prends des précautions supplémentaires. J’utiliserai des semelles chauffantes intégrées dans mes chaussures d’altitude pour mieux protéger les pieds. Notre stratégie contre le froid repose sur plusieurs choses : un bon système de couches, une protection totale contre le vent, rester sec, bien manger, bien s’hydrater, surveiller les extrémités et garder un rythme intelligent.

Serge Rasanda

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