ANTSIRANANA - Soixante tonnes de thon contaminées

Au port d’Antsiranana, une cargaison d’environ 60 tonnes de thon a été refusée. Les autorités ont décidé de renvoyer le navire avec sa marchandise pour éviter tout risque sanitaire et environnemental.

Recalé par les autorités locales, le navire thonier est contraint de repartir avec sa cargaison de thon contaminé.

Ces derniers jours, une atmosphère inhabituelle règne au port d’Antsiranana. Sur le quai, les activités se poursuivent, mais une affaire retient toute l’attention des professionnels de la mer : une cargaison d’environ soixante tonnes de thon, soupçonnée d’avoir été contaminée par du gasoil à bord d’un navire de pêche.

Tout commence le 27 février, lorsque le bateau thonier Albacan, appartenant à la société Albacora, entame les opérations de débarquement de sa cargaison.

Comme à l’accoutumée, les poissons sont destinés à l’entreprise Pêche et Froid de l’Océan Indien (PFOI), spécialisée dans la transformation du thon.

Mais lors de ce débarquement, un détail inhabituel a immédiatement attiré l’attention des techniciens. En ouvrant la cuve numéro 5, une odeur prononcée de gasoil s’en est échappée. Face à cette anomalie et après les contrôles effectués, l’entreprise PFOI a immédiatement refusé de réceptionner la cargaison et a établi un certificat de non-conformité.

Alertées, les autorités sanitaires ainsi que la direction régionale du commerce et de la consommation ont effectué une descente à bord du navire pour vérifier la situation.

Le constat inquiet : l’odeur de carburant est nettement perceptible à l’intérieur de la cuve. Les débris brunâtres relevés sur le couvercle du compartiment renforcent l’hypothèse d’une infiltration ou d’une accumulation de vapeurs de carburant dans cet espace de stockage. Selon les premières observations, les poissons ne présentent pas nécessairement de traces visibles de carburant, mais certains montrent déjà des signes de dégradation.

« Certes, la réglementation prévoit normalement un prélèvement d’échantillons afin d’établir formellement que la marchandise est impropre à la consommation, et non pas seulement sur la base d’une observation visuelle. Néanmoins, l’odeur de gasoil nettement perceptible à l’intérieur de la cuve et par toutes les personnes présentes lors du contrôle confirme fortement la contamination », a affirmé le directeur régional du commerce et de la consommation, Marie Thérèse Zarasoa, présente lors de l’inspection.

Selon les hypothèses avancées par les experts, la contamination pourrait provenir de l’eau de mer utilisée pour le processus de décongélation. Habituellement, les navires utilisent de l’eau douce additionnée de sel pour cette opération. Or, dans ce cas, de l’eau de mer aurait été utilisée, ce qui pourrait être à l’origine de la présence de gasoil.

Tentative de destruction

L’armateur du navire a donc adressé une demande officielle à la direction régionale du commerce et de la consommation afin d’obtenir l’autorisation de procéder à la destruction de cette cargaison de l’« or salé du Nord ». Face à cette situation, les autorités civiles et militaires, ainsi que les responsables portuaires concernés, ont organisé une réunion de concertation. Le préfet Lucien Mananjara et le chef de région par intérim, Jafimanjo, ont présidé la rencontre afin d’arrêter les mesures à prendre.

À l’issue des longues discussions, les participants ont décidé à l’unanimité de ne pas procéder à la destruction des poissons sur place. En effet, la quantité importante stockée dans la cuve, de qualité supérieure, ainsi que le fait que les poissons soient encore congelés nécessiteraient des moyens techniques et des procédures spécifiques qui ne sont pas disponibles localement, surtout dans les délais exigés par le navire.

Les autorités ont également souligné que la responsabilité première incombe à l’armateur du navire et au transitaire, puisque la cargaison n’a pas encore été admise sur le territoire malgache, étant toujours sous douane.

Par conséquent, il a été décidé que la cargaison de poissons restera à bord du navire et repartira avec celui-ci. Il incombe à l’armateur de prendre les dispositions nécessaires pour procéder à son déversement en dehors des eaux territoriales malgaches.

L’opération fera l’objet d’une surveillance étroite assurée conjointement par la marine nationale et les services de contrôle des pêches.

« Cette décision a été prise afin d’éviter tout risque pour la santé de la population d’Antsiranana. Nous devons également prévenir d’éventuels impacts sur l’environnement et garantir la sécurité générale », a expliqué le préfet.

Raheriniaina

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