Une ville déchiquetée, réduite en lambeaux. Le cyclone Gezani a rendu la belle ville de Toamasina fantomatique, méconnaissable. Une ville torréfiée, recroquevillée, fripée par la main sadique de Gezani. Mais, avec la puissance annoncée du cyclone, il fallait s’attendre à l’arrivée dans une ville apocalyptique.
La situation n’est pas sans rappeler la catastrophe vécue l’année dernière par Mayotte lors du passage du cyclone Dikeledi, qui a tout rasé. La capitale mahoraise ressemblait à des confettis qu’on fait exploser lors d’une fête. Sauf que Dikeledi n’était pas venu pour lancer des paillettes. Gezani non plus. Mayotte comme Toamasina ont été détruites à 90 % selon les premières estimations et à en juger par les dégâts visibles à l’œil nu. Leur tâche a été d’ailleurs facilitée par la précarité des constructions. À Mayotte comme à Toamasina, la pauvreté est le dénominateur commun. La plupart des constructions sont faites de bric et de broc et rarement de briques et de blocs en béton. La migration clandestine a favorisé le pullulement des bidonvilles à Mayotte, tandis que l’absence d’une véritable politique de logements sociaux et d’un plan d’urbanisme et d’assainissement a été fatale pour Toamasina. Du coup, tout le monde fait ce qui lui plaît avec ce qu’il a et où qu’il se trouve. On construit là où il ne faut pas, avec des matériaux de fortune. La résistance des foyers est quasi nulle et une chiquenaude suffit à les faire écrouler.
Les images de drone montrent que Toamasina n’était déjà pas belle à voir, avec cette anarchie des habitations qui ont carrément cassé le plan d’urbanisme mis en place par le pouvoir colonial après le passage destructeur d’un cyclone en 1927, puis jusqu’à la fin de la colonisation. Avec les rafales de vent distillées par Gezani, Toamasina ressemble à une ville de l’Antiquité. Et quelle que soit la ville où Gezani passait, on aurait eu le même cliché. C’était le cas à Farafangana et Vohipeno, massacrées par le cyclone Emnati en 2022. L’État avait promis de reconstruire des cités avec des matériaux résistants, mais c’était du vent, c’est le cas de le dire. La population a reconstruit à l’identique avec les matériaux du bord, qui peuvent durer une éternité si un vilain cyclone ne s’amuse pas à faire renaître Emnati.
La reconstruction s’annonce compliquée à Toamasina. Le nettoyage de la ville constitue déjà un travail d’Hercule. Le gouvernement a déclaré l’état de catastrophe nationale pour pouvoir demander l’aide étrangère, mais en attendant, on peut mobiliser toutes les forces vives du pays, les militaires comme la société civile, pour sauver ce qui peut encore l’être. Autrement dit, la souveraineté nationale rabâchée à toutes les occasions.
Sylvain Ranjalahy