Les inconditionnels de Jean Andrianaivo Ravelona connaissent et apprécient sa vision éthérée de la colline d’Analamanga. Une autre facette, moins familière, de cet artiste peintre, plasticien et académicien, est son combat pour la sauvegarde du patrimoine. Ce membre du Collectif «Hasin’Anatirova » livre sa peine à L’Express de Madagascar et son espoir de voir le Colisée retiré du site.
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| Jean Andrianaivo Ravelona dit recevoir souvent des messages prémonitoires lorsqu’il peint. |
Faut-il démolir le Colisée ?
- Absolument, il faut l’enlever à tout prix. Cet édifice ne mérite pas d’avoir sa place à Anatirova, qui est une enceinte historique dédiée à l’Histoire et au patrimoine du siècle dernier. Nous, membres de différentes associations de la diaspora pour le patrimoine d’Anatirova, avons envoyé une lettre au Président de la Refondation et aux ministères concernés en novembre de l’année dernière, leur faisant une demande dans ce sens.
Pourquoi ?
- Le concept véhiculé par cet édifice ne correspond nullement à la culture malgache. Il est copié sur le modèle du Colisée romain, fondé sur une culture de la violence et de la compétition. Sur le plan artistique et esthétique, l’utilisation de matériaux modernes détonne avec les édifices historiques d’Anatirova. Sa construction est en totale contradiction avec l’éthique universelle de conservation et de sauvegarde du patrimoine, édifiée par l’UNESCO. C’est stratégiquement un massacre identitaire. C’est aussi un massacre environnemental car, comme l’affirment les spécialistes, l’édifice menace la colline, qui ne pourra pas supporter sa charge indéfiniment.
Vous employez des mots forts ! Comment les justifiez-vous ?
- Le Colisée a pris la place du Kianja Masoandro, où il y avait déjà les fondations du palais Masoandro, d’une hauteur de 1,20 m, construites par la reine Ranavalona III. Elles ont été totalement détruites, tout comme le petit bassin historique au centre du palais, ainsi que la stèle portant les noms des douze personnes ayant traduit la Bible en langue malgache.
Les conséquences de cette installation sont-elles irréversibles ?
- La désacralisation infligée à Anatirova a affecté l’âme profonde du Malgache. Cela l’a conduit à perdre sa dignité (hasina), l’a fait vaciller culturellement, l’a fait décliner moralement, l’a poussé à agir de manière insensée, à trahir le fihavanana, le lien social sacré, à vendre son âme, à être facilement manipulable jusqu’à en perdre ses droits. Il ne peut plus se défendre ni ressentir sa raison d’être et son humanité. Cette même désacralisation a affecté le pouvoir précédent, l’entraînant dans une culture contre-nature, source de son échec sur divers plans, jusqu’à le conduire à sa destitution.
À ce point ?
- Le Colisée a été installé dans le but de fragiliser la souveraineté de la nation malgache, son identité et son indépendance. Il y a cette célèbre citation qui dit : « Pour tuer une nation, point n’est besoin de jeter des bombes, mais il suffit de détruire l’éducation et sa culture. » C’est exactement la mission du Colisée à Anatirova.
Il faudra donc démolir ce Colisée quoi qu’il en coûte ?
- Il faut le démolir, quoi qu’il en coûte, car cet édifice est comme une tumeur qu’il faut absolument enlever. En effet, le conserver à Anatirova ne fera de bien ni à la culture ni à tout dirigeant de Madagascar (actuel ou à venir). Notez que c’est son emplacement dans l’enceinte historique d’Anatirova (réservée au patrimoine du passé) que nous rejetons catégoriquement. Toutefois, avant de le détruire, il faudrait récupérer les mobiliers et matériaux réutilisables pour d’autres projets. Vifs remerciements aux notables, au Président du Terak’Ambohidrabiby, ainsi qu’aux 15 entités ayant saisi la justice pour l’enlèvement du Colisée.
La disparition du Colisée redonnera-t-elle le hasina à Anatirova ?
- Oui, car la maladie aura disparu. « Afaka ny aretina ». Lors de la réalisation de mon oeuvre ‘’Lovakolo Anatirova’’, qui définit ce Hasina, j’ai reçu, comme j’en ai souvent l’habitude, une sorte de message prémonitoire. C’était en pleine période des manifestations contre le Colisée. Devant ma toile, j’ai capté un message me disant que la Gouvernance de Madagascar devait être basée sur ces points: respect du hasina chez l’homme, dans la nature, dans toutes créatures, dans le patrimoine.
Rondro Ramamonjisoa
