À travers son expérience de plaidoyer au sein de Grandir Dignement, Herizo Tsarahoby éclaire les réalités de la détention des mineurs et les voies possibles vers leur réinsertion sociale.
Comment le projet Grandir Dignement accompagne-t-il concrètement les enfants en conflit avec la loi jusqu’à leur réinsertion sociale ?
Grandir Dignement (Ndlr: une association soutenue par l’Union européenne, l’Agence française de développement et l’Unicef, et qui accompagne les enfants en conflit avec la loi) intervient dès la décision du juge.
En milieu carcéral, l’équipe apporte un appui éducatif, alimentaire et sanitaire, tout en contribuant à l’amélioration des conditions de détention. En liberté surveillée, elle assure un suivi éducatif individualisé en milieu communautaire. Après l’exécution de la peine, le Service d’insertion en milieu ouvert (SIMO) maintient un accompagnement fondé sur le dialogue et l’écoute, afin de favoriser une réinsertion sociale durable.
Quelles sont, selon vous, les mesures ou peines alternatives à la détention les plus adaptées au contexte malgache, et comment sont-elles mises en œuvre ?
La loi n° 2016-018 du 22 août 2016 prévoit quatre alternatives à la détention : le contrôle judiciaire, déjà appliqué ; les travaux d’intérêt général, non appliqués faute de décret ; le placement en famille d’accueil, également bloqué pour la même raison ; et la liberté surveillée, qui est effectivement mise en œuvre et demeure la mesure la plus opérationnelle.
La liberté surveillée est souvent évoquée comme une alternative. Quels en sont les avantages et les limites dans la pratique quotidienne ?
La liberté surveillée permet d’éviter les effets délétères de l’incarcération, de préserver le lien familial et de réduire la récidive, tout en représentant un coût moindre pour l’État. Ses limites tiennent toutefois au manque d’encadrement familial, ce qui conduit Grandir Dignement à organiser des ateliers et des visites destinés à renforcer l’implication des parents.
Quels sont les principaux vides ou insuffisances juridiques que vous constatez dans la protection des enfants en conflit avec la loi, et comment cela impacte-t-il leur prise en charge ?
Deux mesures prévues par la loi — les travaux d’intérêt général et le placement en famille d’accueil — demeurent inapplicables en l’absence de décrets d’application. Cette situation restreint les marges de manœuvre des juges et conduit, par défaut, à l’incarcération, avec des conséquences préjudiciables pour les enfants concernés.
Sur quels axes prioritaires repose votre plaidoyer auprès des autorités et des partenaires institutionnels pour améliorer la justice juvénile ?
Le plaidoyer s’articule autour de la mise en œuvre effective des alternatives prévues par la loi, notamment par l’adoption des décrets manquants et la sensibilisation des magistrats. Grandir Dignement produit des rapports socio-éducatifs pour éclairer les décisions judiciaires et intervient dès la formation des magistrats, afin d’ancrer durablement la primauté des mesures éducatives dans la justice des mineurs.
Gustave Mparany
