Le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo est arrivé à Toamasina hier. Il a emmené les partenaires internationaux pour constater de visu l’étendue des dégâts. Tout le monde a reconnu que Toamasina est à genoux. Le représentant de la Banque mondiale, Atou Seck lui-même, a pu faire l’état des lieux et réaliser la profondeur du désastre. Il a vu l’état de l’hôpital Bé dont la maternité n’a pu recevoir vingt-six parturientes pour la seule journée d’hier. On mettra du temps pour le mettre en marche. Il a également pu évaluer l’importance du sinistre au lycée Rabemananjara, complètement paralysé étant donné que les salles de classe sont hors d’usage. Atou Seck a également vu que de l’université de Toamasina, il ne reste plus qu’un squelette. Bien évidemment, les cours sont suspendus et une année blanche n’est pas à exclure.
La ville ressemble à un amas de ferrailles et de débris de toutes sortes. Le nettoyage et l’enlèvement des ordures, des arbres abattus, des tôles éparpillées un peu partout et irrécupérables constituent une autre paire de manches.
La Banque mondiale a déjà débloqué un fonds d’urgence de 177 milliards 600 millions d’ariary, mais c’est loin d’être suffisant. La reconstruction s’annonce herculéenne tant c’est toute la ville qui a été touchée de façon violente.
Il a reconnu qu’il faudra beaucoup d’argent et de temps. Atou Seck reconnaît que d’autres financements sont nécessaires à solliciter pour tout réparer. Le représentant de la Banque mondiale a souligné qu’il ne faut plus rebâtir de la même façon. Il préconise des maisons plus résistantes.
Outre les habitations précaires, les maisons en dur non plus n’ont pas résisté à la furie de Gezani. Ainsi, au lieu d’utiliser des tôles dont l’épaisseur ressemble à la plus fine tranche de jambon, il faut peut-être songer à d’autres matériaux comme les tuiles version moderne ou le fibrociment, qui peuvent être fabriqués sur place.
Le prix exorbitant des matériaux favorise également la prolifération des constructions de fortune. L’extension de l’usine d’Ibity en 2022, censée pouvoir augmenter l’offre sur le marché et baisser les prix, n’a été qu’un fait d’annonce. Ironie du sort ou pur hasard, l’AFG Bank Madagascar a choisi Toamasina pour construire une nouvelle cimenterie dont les travaux débuteront bientôt.
On peut ainsi trouver des solutions réalistes pour qu’un tel drame humain et matériel ne se reproduise plus. On se la coulait douce quand soudain Gezani a dévêtu toute la ville, croyant que cela n’arrive qu’ailleurs.
Pour le moment, il va falloir sortir les sinistrés de la dèche où ils se trouvent. La plupart n’ont plus un sou vaillant et espèrent pouvoir voir la couleur de ces milliards d’ariary annoncés un peu partout. Des fois, à quelque chose malheur est bon.
Sylvain Ranjalahy