Le Chef de l’État affirme qu’il opte désormais pour la vie civile. Selon ses dires, c’est la raison pour laquelle il s’est abstenu de prendre le grade de général lors des derniers avancements au sein de l’Armée.
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| Le Chef de l’État, en costume-cravate, devant la presse, hier au CCI Ivato. |
Je ne suis plus militaire ». Ce sont les mots du colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, dans son discours d’ouverture des assises pour la refondation de la Gendarmerie nationale, hier, au Centre de conférences international (CCI) Ivato.
Avant de conclure son discours d’ouverture des assises de la gendarmerie, le locataire d’Iavoloha a fait le point sur sa position vis-à-vis des Forces armées. « Pour ma part, j’ai choisi de suivre la voie civile, c’est pourquoi je n’ai pas accepté le grade de général. Je ne suis plus militaire », déclare-t-il. Face à la presse, à l’issue de l’événement, il renchérit : « j’ai choisi la voie civile », en nuançant pourtant que cela n’enlève en rien son statut d’officier supérieur.
Dans son allocution à la tribune de la cérémonie, le colonel Randrianirina ajoute, du reste : « si je porte encore cet uniforme aujourd’hui, ce n’est pas par choix personnel, mais parce que le peuple m’a demandé de le porter en disant: “Portez cet uniforme, colonel, c’est ainsi que nous vous avons connu”. C’est pour cela que je le porte. Mais j’ai déjà choisi la voie civile ».
Dans une certaine mesure, les déclarations du président de la refondation de la République, hier, ont quelque peu surpris. Il y a quelques jours, en effet, durant son déplacement au chevet des sinistrés du cyclone Fytia, à Mahajanga, le colonel Randrianirina a mis l’accent sur son statut de militaire pour justifier son droit de porter des armes. Sa photo dans l’hélicoptère, avec un fusil d’assaut, durant cette tournée avait alors suscité de vifs débats.
Il est probable que le locataire d’Iavoloha ait décidé d’opter « pour la voie civile» afin de taire les débats autour de sa double casquette de Chef d’État et de militaire. En tout cas, hier en milieu d’après-midi, le colonel Randrianirina, accompagné de son épouse, s’est envolé pour Toamasina, où il compte coordonner la réponse à l’arrivée d’un nouveau cyclone, en civil. C’est la première fois depuis sa prise de pouvoir qu’il part en tournée sans sa tenue militaire.
Devoir de réserve
Toutefois, à entendre l’allure de son discours d’hier, le colonel Randrianirina a évoqué son choix d’opter pour « la voie civile » afin de souligner la question du respect de la discipline au sein des Forces armées. En réponse aux journalistes, il a indiqué qu’il a choisi la voie civile afin de pouvoir s’exprimer librement en public et dans les médias.
Dans son allocution, le Chef de l’État soutient : « nous sommes des militaires lorsque nous portons cet uniforme. (…) Lorsqu’on porte l’uniforme militaire, il faut respecter la structure militaire et les lois militaires. (…) Lorsque l’on choisit de rester dans les Forces armées, il faut respecter les règles militaires. On ne s’exprime pas dans la presse sans autorisation. On n’accomplit aucun acte sans autorisation préalable ».
Il pourrait s’agir d’un rappel à l’ordre indirect à l’endroit de certains éléments des Forces armées, dont des officiers et officiers supérieurs, afin de s’en tenir au devoir de réserve et à la discipline. En réponse aux propos du Chef de l’État, certains rappellent le discours du général Démosthène Pikulas, chef d’état-major des Armées, en ouverture des assises militaires, toujours au CCI Ivato, le 26 janvier.
« On dit souvent que l’armée est sourde, muette et aveugle. (…) Il faut écarter l’idée que l’Armée resterait silencieuse à l’avenir. Elle aura son mot à dire sur toutes les situations à venir, elle ne restera ni passive, ni indifférente, ni muette », avait déclaré le général Pikulas, pour faire part de l’engagement de l’Armée comme acteur des affaires nationales, et non plus comme simple observateur.
Le chef d’état-major des Armées a, toutefois, souligné que cette initiative doit se faire « sans pour autant porter atteinte aux structures existantes ni aux standards internationaux, aux lois ». Il ajoute que les assises militaires sont ainsi une occasion opportune pour discuter de la façon de cadrer la mise en œuvre de cette nouvelle posture de l’Armée. Face au raccourci fait par certains, la prise de parole de la Grande muette ne se fera pas de manière débridée, mais conditionnée par un cadre hiérarchique qui reste tout de même à définir.
Garry Fabrice Ranaivoson
