ANTANIMORA - Un détenu décède après dix ans sans procès

Un homme de 60 ans est mort à Antanimora, après dix ans derrière les barreaux sans jamais avoir été jugé. Son ancien co-détenu témoigne.

Le corps de Rakotonatoandro repose désormais auprès des siens et sera inhumé aujourd’hui.

Un détenu longtemps ignoré est décédé le 31 janvier dernier à la prison d’Antanimora et sera inhumé ce jour à Imerimandroso Ivato. Rakotonatoandro, âgé de 60 ans, était incarcéré depuis 2016 sans jamais avoir été jugé. Selon des sources pénitentiaires, il a succombé à une maladie de l’estomac après avoir passé dix ans derrière les barreaux.

Faute de famille identifiée, les responsables de la prison ont contacté Jean-François Ranaivosoa, président du fokontany d’Ankazomanga Sud, dont le numéro figurait dans le carnet du défunt. Bien qu’aucun lien de parenté ne les unisse, il avait noué une relation quasi filiale avec Rakotonatoandro lors de leur rencontre en détention.

Les deux hommes s’étaient connus en 2020, lorsque Jean-François avait été placé sous mandat de dépôt à Antanimora. Ils s’étaient soutenus mutuellement dans les moments difficiles, au point de se considérer comme père et fils. Libéré en 2021, Jean-François avait continué à épauler Rakotonatoandro jusqu’à sa mort.

Présumés innocents

C’est donc lui qui a pris en charge les démarches administratives et les préparatifs de l’inhumation. Alors que l’enterrement était sur le point d’avoir lieu sans la présence de proches, des indices ont permis de retrouver la mère du défunt à Imerimandroso Ivato. Le corps a pu être remis à la famille, qui organisera les funérailles aujourd’hui.

Jean-François affirme que Rakotonatoandro n’avait jamais comparu devant un tribunal depuis son arrestation en 2016. Il dénonce une situation fréquente dans les prisons, où de nombreux détenus attendent leur procès pendant des années. Selon lui, seuls ceux qui disposent de moyens financiers parviennent à accélérer leurs dossiers. Les plus démunis restent enfermés sans jugement. Il appelle le ministère de la Justice à examiner de près ces cas afin d’éviter que des personnes présumées innocentes ne meurent en prison sans avoir eu droit à un procès.

« Les amis ne s’abandonnent pas », insiste le président du fokontany Jean-François Ranaivosoa, expliquant pourquoi il a assumé ce rôle jusqu’au bout, en mémoire de celui qu’il appelait affectueusement « dada Rakotonatoandro ».

Gustave Mparany

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne