De retour de son passage en France, le maire Jean-Luc Désiré Djaovojozara a rencontré, en fin de semaine dernière, la presse locale afin de partager les grandes lignes, les objectifs et les retombées attendues de ce déplacement.
| Le maire Jean-Luc Désiré Djaovojozara a tapé fort pour dénoncer les mauvaises pratiques politiques actuelles. |
S’il reconnaît que ce voyage était à caractère familial, il a tenu à préciser qu’il n’a en rien négligé les intérêts de la ville d’Antsiranana.
C’était la première fois depuis son retour à la municipalité que le maire de la ville d’Antsiranana a accordé, dans son bureau, un large entretien aux journalistes locaux, au cours duquel de nombreuses questions touchant aux domaines social, économique et politique ont été abordées. Pendant plus d’une heure et demie, il a répondu sans détour, avec un franc-parler et une audace qui, selon les observateurs, constituent désormais sa marque de fabrique.
Au cœur des préoccupations, l’accès à l’eau potable. Le maire a annoncé un financement de 500 000 euros obtenu dans le cadre de la coopération entre la commune urbaine d’Antsiranana et Nîmes Métropole. Ces fonds, destinés à la réhabilitation des puits et forages, n’ont pas transité par l’État central, illustrant, selon lui, les limites actuelles du système de gouvernance centralisée.
Dès le mois de mars, les bornes-fontaines à carte devraient être pleinement opérationnelles, mettant fin aux coupures d’eau répétitives qui affectent quotidiennement la population.
Sur le plan économique, le maire a évoqué des discussions déjà engagées avec des opérateurs privés potentiels en vue de la relance de la société Secren, à travers un nouveau modèle économique et des projets innovants. Il estime que les activités traditionnelles de l’entreprise ne suffisent plus à assurer la viabilité de cette société, compte tenu de son état actuel et du contexte international. Mais comme le président de la Refondation de la République a signé un protocole d’accord lors de son récent déplacement à Abu Dhabi, il privilégie une concertation avec ce dernier afin d’évaluer conjointement la faisabilité du projet.
Le maire a également annoncé le lancement prochain du programme Padeve-2 dans la capitale du Nord, en présence des six maires des communes bénéficiaires. Ce programme soutient notamment l’intégration prioritaire de 2 100 commerçants au nouveau marché de Bazarikely, déjà accompli.
Une critique ouverte du système politique
Abordant la question politique, le maire n’a pas mâché ses mots. Selon lui, la première réforme attendue par la population d’Antsiranana est un changement profond de mentalité.
Le maire n’a pas épargné les politiciens qu’il accuse de privilégier leurs intérêts personnels au détriment de la nation, appelant le Président de la Refondation à ne pas se laisser manipuler. Sur la situation politique nationale, il estime que la « refondation » tant annoncée n’est pas encore une réalité, dénonçant l’achat de postes au sein des institutions.
Interrogé sur le fédéralisme, l’édile a clarifié sa position. Il rejette toute instrumentalisation de cette notion à des fins de discrimination fondée sur l’origine. Il rappelle que la loi 2021-011 sur la décentralisation pose déjà les bases d’une répartition des compétences, mais que son application reste largement insuffisante.
À ses yeux, la véritable décentralisation sera atteinte lorsque tous les maires disposeront pleinement d’un pouvoir réel de décision et seront maîtres de la gestion de leurs communes, sans dépendance systématique vis-à-vis de l’administration centrale.
Réaffirmant son indépendance politique, le maire Jean-Luc a également exprimé son soutien assumé à un candidat controversé, Claude Émile Sylvain, technicien et homme politique pressenti pour le poste de chef de région Diana, malgré les critiques le qualifiant de « traître à la lutte ». Il rejette donc catégoriquement toute accusation de proximité avec le parti au pouvoir, rappelant avoir été l’un des rares à l’avoir affronté ouvertement depuis 2016 en tant qu’indépendant. « Le combat portait sur l’eau et l’électricité, pas sur une opposition de façade comme j’ai mené », a-t-il affirmé.
Il a tenu à préciser que son soutien n’est pas motivé par une appartenance politique passée, mais par le parcours, l’expérience et surtout l’existence d’un véritable projet de société porté par le candidat, ainsi que par sa détermination à développer la région.
En conclusion, il a affirmé que le budget communal, évalué à 4 milliards d’ariary, constitue une base solide pour le développement de la ville et ne doit faire l’objet d’aucun blocage.
Raheriniaina