Petite cérémonie toute simple que la réception des 1150 ouvrages de la collection Jean-Pierre Raison et Françoise Raison-Jourde dont leurs enfants ont fait donation à la bibliothèque de la filière Histoire à la Fac des Lettres de l’Université d’Antananarivo.
J’avais pu connaître Françoise Raison-Jourde à une époque où le DEA (Diplôme d’Études Approfondies) ne s’appelait pas encore Master II. Elle exerçait dans une Université et son Département par lequel de nombreux étudiants malgaches allaient passer, chacun gardant des souvenirs personnels de l’attention particulière que prodiguait «FRJ» aux ressortissants d’un pays dans lequel elle aura vécu huit ans. Courte parenthèse mais qui l’aura structurée pour le restant de sa carrière universitaire et de sa vie intellectuelle.
Dans sa planche introductive particulièrement longue (59 pages + 3 pages de bibliographie) à «Les souverains de Madagascar» (1983), «Françoise» situait le contexte : deux générations de chercheurs dont les premiers (tous Français) avaient vécu à Madagascar dans les années 1960 à 1975 et une deuxième génération (des Malgaches) formée directement au contact de la première. Ce sont les représentants de cette deuxième génération qui sont venus en nombre honorer de leur présence, à leur tour désormais tutélaire, la réception officielle de cette importantissime donation privée, d’autant plus incommensurable quand la puissance publique oublie ses institutions universitaires.
Avant 1972, sur des «crédits destinés à stimuler les productions nationales», l’Université Charles de Gaulle édita «u n ouvrage sur l’abbaye de la Chaise-Dieu puis un autre sur le patois vendéen». Alors, certes, une université demeurée «enclave culturelle française», mais pour les Malgaches, l’unique «voie pour l’accès à une culture (universelle) qui ne fût pas façonnée au rabais».
La qualité des travaux de ces deux générations de chercheurs en aura fait une influence-référence qui attend encore d’être surpassée. Partis de Madagascar après la «révolution culturelle» de 1972-1975, les époux Raison n’en ont pas moins contracté une sorte d’inversion du «syndrome de Stockholm», qu’on désigne parfois par «syndrome de Lima», développant une empathie peu ordinaire envers leur «étranger intime», jusqu’à se constituer cette respectable bibliothèque où l’on devine que les nombreux ouvrages sur Madagascar ont fait l’objet d’acquisitions quasi-compulsives.
Ayant appris de la malgachisation obtuse des années 1972-1975, aux générations actuelles et futures de chercheurs de savoir, à l’instar des Andriambahoaka et leurs ombiasy d’à compter de la fin du XVIIème siècle, se rompre «au bon usage de l’étranger et au renforcement jaloux de la liberté insulaire».
Nasolo-Valiavo Andriamihaja
Bonjour, Combien de malgaches sont-ils capables de lire est surtout COMPRENDRE les mots de votre chronique d’aujourd'hui ?
RépondreSupprimerTrès peu à la lecture des nombreux messages d’insultes que beaucoup de personnes écrivent à l’intention des vahaza français en particulier ?
Veloma