L'étrange retraite des naufragés du « Degrave »

Un pirate avec sa « cuisinière ».

Après avoir pris en otage le roi antandroy Andrian-Kirinda, sa femme et l’un de ses fils, les naufragés du Degrave et du « Speady Return » s'enfuient vers Fort-Dauphin où ils comptent les libérer.

« Ainsi s'engage une ‘étrange retraite’ amorcée en bon ordre et au cours de laquelle les Anglais perdront petit à petit leurs atouts. » La reine, à qui Younge apitoyé a offert la liberté, préfère accompagner les siens toute la journée. Elle ne rejoindra ses sujets qu'au soir, cédant à leurs  supplications. À faible distance, les Malgaches suivent, en effet, pas à pas les Blancs, achevant le blessé effondré de fatigue.

À la tombée de la nuit, tous s'arrêtent, les pieds endoloris, la tête fiévreuse. Les captifs sont installés au milieu du camp, isolés par une tranchée. Le roi fait venir un bœuf « qu'avec élégance, il offre à ses geôliers ». Les Anglais lui envoient quelques quartiers de viande rôtie et une corne pleine d'eau. Mais à une question, il répond que la plus proche source se trouve à la sortie de la forêt, « ce qui est faux », précisera plus tard l’aventurier Robert Drury.

À l'aube du deuxième jour, les Anglais reprennent la route, tourmentés par la soif. Les Malgaches en profitent pour s'emparer des objets qu'ils ont laissés dans leur campement avant de les poursuivre. À midi, nouvelles négociations : six fusils contre la libération du roi. Après hésitations, les Anglais acceptent la réconciliation : Andrian-Kirinda sera libéré tout de suite, son fils une fois qu'ils seront arrivés sur l'autre rive du fleuve séparant l'Androy de l'Anosy, où règne le « fabuleux roi Samuel ». Les Anglais repartent, toujours taraudés par la soif.

Le troisième jour de retraite, les Malgaches serrent à nouveau de près les fuyards. Le porte-parole autochtone suggère un autre échange : le prince contre trois otages. Les Blancs acceptent, mais « c'est une grave erreur de tactique ». Car au lieu de rebrousser chemin comme ils l'ont promis, les Antandroy se font de plus en plus menaçants. Première victime : un jeune mousse à la jambe de bois qui n'arrive plus à suivre la course des fuyards.

Le quatrième jour, les Anglais repartent avant l'aube et aux première lueurs du jour, aperçoivent le fleuve les séparant d'Anosy. Mais furieux, les Antandroy les rattrapent achevant les traînards, tirant sur les fuyards. La seule femme rescapée du naufrage, une jeune Anglaise, succombe.

Certains Anglais se trouvent déjà sur l'autre rive, ajustant les poursuivants. Les autres, dont Robert Drury, sont toujours harcelés par les Malgaches embusqués derrière les arbres. Fatigués, ils entrent en pourparlers : les autochtones veulent les otages et les armes. Certains Anglais refusent ce deal et s'esquivent à la faveur de la nuit. Les autres plus confiants acceptent : le capitaine Younge est sagayé avec les plus âgés ; seuls Drury et deux autres jeunes sont faits prisonniers.

Robert Drury, à son retour en Angleterre après son aventure malgache, fait paraître « un étrange Journal de captivité », réédité trois fois au XVIIIe siècle, quatre fois au XIXe siècle. L'ouvrage comporte une préface anonyme et le journal proprement dit porte la date de 1729. Une troisième partie renferme un vocabulaire de la langue malgache.

En 1890, le capitaine Pasfield Oliver publie la première édition critique du texte, suivie d'une seconde en 1897. Alfred Grandidier et son fils, Guillaume en publient, en 1906, quelques extraits en version française dans le tome IV de leur « Collection des ouvrages anciens sur Madagascar ».

Selon Alexandre Mavrocordato, le témoignage de Robert Drury, « malgré quelques transitions adroites, quelques effets ménagés avec art, est aussi touffu qu'une forêt primaire ». Pour ce critique, on se perd dans les relations d'intrigues et de conflits ainsi que dans les noms des princes autochtones « orthographiés avec la plus grande fantaisie ». La chronologie est, en outre, souvent vague, de même les informations géographiques. « Ce qui manque peut-être le plus à ce récit, c'est la couleur, les formes ; tout est en noir et blanc, rien n'a de relief particulier, la note pittoresque est absente. »

Pela Ravalitera


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