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| Un enseignant d’une école publique. |
Enseigner, un véritable sacerdoce Former les générations futures exige bien plus que la maîtrise d’une matière. À Madagascar, malgré des rémunérations parfois dérisoires au regard de leurs responsabilités, des enseignants continuent d’exercer, portés par la vocation de transmettre et d’éduquer. Être enseignant, c’est accepter une responsabilité qui ne s’arrête pas aux heures de classe. Préparer les leçons, trouver les bonnes méthodes pour faire comprendre, accompagner les élèves en difficulté et contribuer à leur éducation : autant de tâches qui exigent patience, disponibilité et abnégation.
À Madagascar, cette mission se poursuit malgré les difficultés du métier, notamment salariales.
« En plus de la formation pour devenir enseignant, il faut du dévouement et de la confiance en soi », souligne Nomena, une enseignante. La formation pédagogique donne les bases, mais l’exercice du métier demande un engagement quotidien. Chaque élève apprend à son rythme et l’enseignant doit savoir adapter ses explications, préparer les exercices et trouver les moyens de transmettre les connaissances.
Pour un responsable d’établissement privé, le parcours commence bien avant la première leçon. La vocation doit s’accompagner d’une formation, de la maîtrise des outils pédagogiques et des autorisations nécessaires pour enseigner. Une exigence qui rappelle que l’enseignement ne s’improvise pas. Mais les compétences ne suffisent pas. Mme Sarindra, mère d’un enfant scolarisé dans le privé, attend des enseignants qu’ils soient aussi des éducateurs.
La vocation à l’épreuve du salaire
« Ce n’est pas facile de payer les frais de scolarité, et il est donc normal que nous, les parents, attendions un enseignement de qualité », souligne-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de recruter des personnes capables de transmettre leurs connaissances, mais aussi d’écouter les enfants, de les encourager et de les corriger avec bienveillance. Derrière cette mission essentielle se cache pourtant une réalité difficile : les rémunérations ne sont pas toujours à la hauteur des responsabilités assumées.
Dans l’enseignement public malgache, les situations diffèrent selon le statut. Depuis juillet, les enseignants fonctionnaires perçoivent une indemnité de craie de 150 000 ariary, en plus de l’indemnité de logement de 200 000 ariary versée à tous les fonctionnaires.
« C’est déjà une bonne chose, mais cela reste insuffisant : cette somme ne couvre pas le loyer d’une maison de deux pièces. On n’en trouve pas à moins de 250 000 ariary par mois », avance Bruno, enseignant dans un lycée public. Nivo, enseignante d’anglais dans un collège, achète elle-même ses boîtes de craies. Celles que fournit son établissement la rendraient malade : «Je tousse chaque fois que j’utilise ces craies, qui sont très poussiéreuses. Donc, je préfère m’investir là que de tomber malade», raconte-t-elle. Les enseignants FRAM, recrutés par les associations de parents d’élèves, sont particulièrement exposés à la précarité. Un rapport du Fonds monétaire international publié en 2025 souligne que les enseignants FRAM subventionnés perçoivent en moyenne une rémunération nettement inférieure à celle des fonctionnaires.
Les enseignants subventionnés aux niveaux préscolaire et primaire touchent 150 000 ariary. Ceux des collèges bénéficient d’une subvention de 180 000 ariary. Pour les maîtres FRAM des lycées, la subvention est de 200 000 ariary. Ces subventions sont perçues tous les deux mois. Les conditions peuvent être encore plus difficiles pour ceux qui dépendent directement des contributions des familles.
« Les enseignants FRAM ne touchent que 80 000 ariary par mois, et une bénévole, entrée en fonction cette année, 60 000 ariary », explique le directeur d’une école primaire publique dans l’Atsimondrano. Au collège d’enseignement général (CEG) d’Ambatolava, les enseignants non fonctionnaires touchent 100 000 ariary par mois, pendant dix mois de l’année. Ils ne touchent rien pendant la période de grandes vacances.
« Nous demandons 50 000 ariary aux parents d’élèves pour que les enseignants puissent percevoir cette somme. C’est déjà très lourd pour eux, mais ils font ce sacrifice pour que leurs enfants aillent à l’école », indique le directeur de l’établissement. Malgré ces contraintes, beaucoup continuent d’enseigner. Parce qu’ils croient à l’importance de l’éducation, parce qu’ils veulent donner aux enfants les moyens de construire leur avenir et parce que leur métier dépasse, à leurs yeux, la seule question du salaire.
Mais la vocation ne devrait pas servir à justifier la précarité. Reconnaître le sacerdoce des enseignants, c’est aussi leur garantir une rémunération digne, des conditions de travail décentes et les moyens d’accomplir leur mission. Car on ne peut durablement demander à ceux qui forment l’avenir du pays de vivre de leur seul dévouement.
Miangaly Ralitera
