Le retour d’Air Madagascar ravive l’espoir d’un renouveau, malgré de lourdes dettes et des difficultés financières. Le défi reste de reconquérir la confiance des voyageurs.
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| La renaissance d’Air Madagascar. |
Le 31 octobre 2026, la compagnie nationale malgache doit officialiser son retour sous la dénomination historique « Air Madagascar », abandonnant l’appellation commerciale « Madagascar Airlines », utilisée depuis 2021.
Fondée en 1961 sous le nom de Madair avant d’adopter celui d’Air Madagascar en 1962, la société tente de renouer avec une identité ancrée dans la mémoire collective, après une décennie de turbulences. Un héritage prestigieux, une chute progressive Pour les anciens de la compagnie, le contraste est douloureux.
Dans les années 1990, sous la direction de feu René Rasata Rainiketamanga, Air Madagascar était sortie de la zone rouge en misant sur la formation et les ressources humaines. Il soulignait alors que « ce sont exactement les mêmes personnes qui étaient là à mon arrivée qui sont là aujourd’hui ; cependant, la société est non seulement sortie de la zone rouge, mais elle prospère ». Un technicien retraité, joint à Ivato, se souvient : « On avait des avions qui partaient à l’heure, des équipages formés sur place. Aujourd’hui, mes petits-enfants ne connaissent la compagnie que par les annulations. »
Entre 2002 et 2009, le partenariat avec Lufthansa Consulting avait permis de redresser la situation : une flotte de 12 appareils, des certifications internationales et un trafic de passagers passé de 266 000 à 630 000. Puis sont venues la crise de 2009, l’inscription sur la liste noire européenne en 2011 et une instabilité chronique à la tête de la compagnie. De la faillite aux tentatives de redressement Face à une situation critique, Madagascar Airlines est créée en 2021 pour reprendre le fonds de commerce d’Air Madagascar, alors placée en procédure de redressement judiciaire.
Il convient toutefois de distinguer le redressement judiciaire de la liquidation judiciaire. Le premier vise à permettre la poursuite de l’activité et le règlement des dettes dans le cadre d’une procédure encadrée par la justice. La seconde entraîne, en principe, la cessation de l’activité et la réalisation des actifs pour désintéresser les créanciers. Air Madagascar n’a donc pas disparu juridiquement. Son passif, estimé à environ 100 millions de dollars, reste toutefois un lourd obstacle à son redressement. Mais le changement de structure engagé en 2021 n’a pas suffi à endiguer la crise. Le syndicat des employés dénonce des engagements non tenus, notamment le paiement d’un loyer annuel de 500 000 dollars pour l’utilisation du fonds de commerce, qui n’aurait jamais été versé.
Le retour de l’enseigne : un pari sur la confiance
La fusion avec Tsaradia aurait également alourdi la dette, qui aurait atteint 340 millions de dollars fin 2023, selon l’ancien président de la compagnie. Les difficultés sont attribuées à plusieurs facteurs: mauvaise gestion, stratégie fluctuante, accumulation de dettes fiscales et commerciales, mais aussi refus persistant de la privatisation.
Dès 1997, Air Madagascar figurait parmi les sociétés à privatiser. Toutefois, la forte opposition des syndicats avait conduit à l’abandon de cette orientation, au profit de contrats de gestion successifs. Le plan « Phénix 2030 », soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 57 millions de dollars, devait incarner le renouveau.
Sous l’ancien directeur général Thierry de Bailleul, Madagascar Airlines revendique 21 mois de redressement : remise en exploitation de cinq ATR, contre un seul début 2024, progression du chiffre d’affaires de 60 % en deux ans et réintégration dans l’écosystème de l’IATA.
Les difficultés financières restent néanmoins importantes. Madagascar Airlines cumulerait plus de 65 millions de dollars de dettes, tandis que les états financiers de 2022 à 2024 ne seraient pas disponibles. Pour Air Madagascar, le passif avoisinerait 100 millions de dollars, dont plus de 50 millions de dettes fiscales que l’État se serait engagé à prendre en charge. Le retour de la marque s’accompagne d’une reprise progressive du réseau. La liaison Antananarivo–Mahajanga–Moroni a été rouverte avec un ATR 72-500, initialement à deux fréquences hebdomadaires. La desserte de La Réunion doit reprendre le 16 décembre, à raison de deux vols par semaine, les mercredis et samedis, via Sainte-Marie. Le prix du trajet serait d’environ 500 euros. Un Boeing 737-700 acquis par l’État doit également venir renforcer la flotte. D’autres liaisons vers Marseille, Bangkok et Guangzhou sont envisagées, sous réserve de la stabilisation de la situation financière.
Côté tarifs, la compagnie affiche l’ambition de proposer des prix accessibles. Mais les billets sur les lignes intérieures oscillent encore entre 500 000 et 800 000 ariary, tandis que la hausse du prix du carburant complique l’équation économique. Le directeur général, Rado Rabarilala, nommé en mai 2026, se veut lucide : « Si nous remettons sur les rails Air Madagascar, ce n’est pas un simple changement d’enseigne commerciale. Nous projetons de redonner à l’éponyme compagnie nationale sa force d’antan. Ce ne sera pas une tâche qui se fera en quelques semaines. C’est un redressement qui prendra du temps. » Comme le souligne Itamara, directeur de publication chez Vanga Analytics, l’enjeu dépasse le simple changement de nom.
Pour les Malgaches, le retour du pavillon Air Madagascar reste un symbole fort. Mais la confiance se gagnera vol après vol.
L'Express de Madagascar
