PREMIÈRES PLUIES - Antananarivo peine à évacuer les eaux

Les premières averses remettent en lumière la vulnérabilité de la capitale face aux inondations. 

Pendant la saison des pluies, l’évacuation des eaux reste un enjeu majeur dans les quartiers de la capitale.

À Mahavoky Besarety, il aura suffi d’un quart d’heure d’averses pour que l’eau atteigne les pieds de l’étal de Florentine Rabemasoandro. Le lendemain, cette commerçante s’employait déjà à nettoyer la boue laissée par la décrue, déplorant la chute de son chiffre d’affaires à chaque submersion de la chaussée. « Sekaline!», réclame-t-elle, appelant à un curage régulier des canaux qu’elle estime désormais vital.

À Andranomahery Ankorondrano, l’impact sur le quotidien des familles est tout aussi lourd. Domoina Ny Aina Razakariasy, mère de six enfants installée depuis seize ans dans le quartier, explique que la population doit bricoler des passages de fortune dès que le niveau monte. Traverser relève du parcours du combattant pour les écoliers ; sa famille a même dû construire une pirogue pour assurer leurs déplacements en période de crue. Également préoccupée par les risques sanitaires encourus par ses enfants, elle exhorte les responsables publics à apporter une réponse pérenne au problème du drainage. 

Même constat du côté de Besarety, où Njaratiana Lionel décrit la détresse des enfants contraints de patauger dans des eaux usées pour rejoindre la classe. Les adultes ne sont pas épargnés, peinant à maintenir une hygiène décente avant d’aller travailler. Le blocage dépasse d’ailleurs le cadre du piéton.

 À Andravoahangy, Michel Randrianarivo, chauffeur de taxi-be, déplore l’asphyxie du trafic : dès que les chaussées sont submergées, les embouteillages se démultiplient et l’activité économique tourne au ralenti. 

Des travaux à l’épreuve du terrain 

La lutte contre l’engorgement est pourtant affichée comme une priorité. La Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) a ainsi annoncé une vaste opération d’assainissement portant sur près de 50 kilomètres de canaux secondaires et tertiaires, répartis sur 61 fokontany à travers les six arrondissements. 

Parallèlement, le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) fait état d’interventions ciblées dans le VIe arrondissement, notamment à Ambohimandroso et Ambodihady. Si ces travaux visent à fluidifier l’écoulement des pluies pluviales, la réalité du terrain reste sans appel: dès les premières précipitations, les abords des logements et des commerces sont noyés, paralysant la vie locale et obligeant les ménages à improviser pour acheminer leurs enfants à l’école. Le défi majeur réside donc dans la concrétisation de ces chantiers en améliorations perceptibles pour les secteurs les plus vulnérables. 

L’efficacité du curage repose non seulement sur la régularité de l’entretien, mais aussi sur la capacité globale du réseau à absorber et évacuer d’importants volumes accumulés. À Besarety, les résidents pointent du doigt l’accumulation des ordures ménagères qui obstruent les conduits et l’insuffisance du sous-réseau d’évacuation. 

Si ces témoignages soulignent la détresse immédiate des sinistrés face aux infiltrations rapides dans les foyers, ils rappellent surtout la complexité structurelle du problème. Au-delà des annonces institutionnelles, l’enjeu est d’enrayer durablement la fragilité des zones bas-fond. 

Pour la population, l’impact des politiques d’assainissement se mesurera à un indicateur simple : la possibilité de se déplacer, de travailler et de scolariser leurs enfants sans devoir affronter des eaux stagnantes dès les premières gouttes. 

Fanilo Mampianintsoa et Lucia Rabarijaona

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