VACCINATION - Entre rumeurs et protection, les parents hésitent

Du 5 au 9 octobre, la campagne de vaccination contre la polio et la rougeole met les parents face à une décision. Certains font vacciner leurs enfants sans hésiter. D’autres restent méfiants, surtout lorsqu’il s’agit d’une injection. Peur de la fièvre, rumeurs et croyances alimentent encore les réticences.

Des parents restent réticents face à la vaccination de leurs enfants.

À Mahajanga comme à Diana, les agents communautaires et les personnels de santé rapportent des cas d’hésitation ou de refus. La peur de la piqûre et de la fièvre revient souvent. Certains parents pensent aussi que leur enfant dispose déjà d’une protection naturelle. D’autres évoquent des conséquences supposées sur la santé, des interdits traditionnels ou des convictions religieuses. Le manque d’information pèse également.

Dans les écoles privées, la vaccination orale est davantage acceptée que celle administrée par injection. Certains parents préfèrent accompagner eux-mêmes leur enfant lorsqu’une injection est prévue.

Les témoignages montrent cette différence. « J’ai cinq enfants et ils sont tous vaccinés. Je les fais vacciner parce que le vaccin protège les enfants contre les maladies », témoigne Nadia, mère de famille. Anjara, en revanche, reste hésitante : « J’hésite à faire vacciner mes enfants parce que j’entends beaucoup de choses disant que le vaccin pourrait avoir des conséquences sur leur santé plus tard. »

À Diana, le Dr Paulin Ramasy, directeur régional de la santé publique, constate également des résistances. La peur de la fièvre, de conséquences supposées sur la santé ou encore de l’infertilité est évoquée par certaines familles. « Certains agents de santé qui vont de maison en maison sont même accueillis par des chiens lorsqu’ils insistent pour expliquer la vaccination », rapporte-t-il.

Réponses

Pour les professionnels de santé, ces craintes doivent être confrontées aux risques liés à l’absence de vaccination. « Un enfant qui n’est pas vacciné devient plus vulnérable aux maladies contre lesquelles les vaccins permettent de le protéger. Il peut être exposé notamment à la rougeole, au tétanos, aux infections respiratoires et à d’autres maladies infantiles», explique le Dr Ravelomanana Lova, pédiatre et directeur de l’hôpital des enfants d’Ambohimiandra.

Après l’annonce de l’élimination de la polio, la mobilisation autour de la vaccination avait diminué, selon la professeure Noeline Ravelomanana. Cette année, deux cas de polio ont été confirmés à Sakaraha et Toliara. Quatre autres cas ont été détectés dans l’environnement et le virus retrouvé chez six enfants sans symptômes.

La rougeole reste également présente. 394 cas confirmés ont été recensés dans 63 districts. La couverture de la première dose était de 49 % en 2025, alors que 95 % sont nécessaires pour atteindre une immunité collective élevée.

La campagne cible 5,9 millions d’enfants de 0 à 59 mois pour la polio et 5,36 millions de 9 à 59 mois pour la rougeole. La supplémentation en vitamine A concerne les enfants de 6 à 59 mois. Quelque 43 000 agents communautaires sont mobilisés. Entre confiance, doute et refus, la vaccination se joue donc aussi dans le dialogue avec les familles. Les réponses apportées aux inquiétudes peuvent ainsi peser sur le choix des parents et sur la protection des enfants.

Fanilo Mampianintsoa

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