Madagascar occupe une place stratégique dans la nouvelle équation sécuritaire de l’océan Indien. En visite à Antananarivo, Catherine Vautrin, ministre française des Armées et des Anciens combattants, veut renforcer le partenariat de défense et de sécurité avec la Grande Île, notamment autour de la surveillance maritime et de la protection du canal du Mozambique. La ministre française assure toutefois que cette coopération se fait dans le respect de la souveraineté malgache et ne cherche « aucune forme de dépendance ».
L’Express de Madagascar : Madame la ministre, votre déplacement à Madagascar est une première pour un ministre français des Armées. Pourquoi venir à Antananarivo maintenant ? Quel est le véritable objectif politique et stratégique de cette visite et quel message la France souhaite-t-elle adresser à Madagascar à travers votre venue à Antananarivo ?
Catherine Vautrin : Madagascar et la France entretiennent un partenariat historique, constant et majeur : nous sommes deux pays voisins qui partageons une vision commune des enjeux de sécurité dans la zone Sud de l’océan Indien. Je pense notamment au canal du Mozambique, dont l’importance stratégique ne cesse de croître.
Je veux également souligner la qualité du dialogue entre nos deux Présidents. Elle témoigne de la profondeur de nos liens. La France soutient avec constance le processus de Refondation engagé à Madagascar, dès lors qu’il répond aux aspirations légitimes de développement exprimées par la population malgache. À l’occasion de la rencontre entre les deux présidents en février, puis en septembre, ils ont fixé un cap clair pour notre relation bilatérale, à travers une feuille de route commune. Ma visite s’inscrit dans ce cadre, avec la volonté de consolider et d’approfondir notre partenariat de défense.
Je viens en voisine : les armées françaises conduisent actuellement l’exercice de projection de puissance aérienne PEGASE 26 qui fait escale à La Réunion avec plusieurs avions de combat, de ravitaillement et de transport stratégique. J’ai souhaité y assister et saisir cette opportunité pour venir à Madagascar, afin de prolonger les échanges amicaux et constructifs que j’avais eus avec mon homologue à Paris en juin.
Au-delà des déclarations d’amitié et de partenariat, qu’attendez-vous concrètement de cette visite ? Y aura-t-il des décisions, des accords ou de nouveaux engagements en matière de défense et de sécurité ?
La France honore toujours ses engagements. Elle honorera ceux pris dans le cadre de la feuille de route franco-malgache. La mise en œuvre d’une coopération de sécurité et de défense rénovée, dans le respect de la souveraineté de nos deux États, figure parmi les priorités de notre relation bilatérale.
Cette coopération se traduit déjà par des actions à la fois ambitieuses et pragmatiques, visant à accompagner la transformation des Forces armées de Madagascar et à renforcer leur interopérabilité avec les Forces françaises. Il s’agit de permettre à nos militaires de mieux se coordonner et d’intervenir efficacement ensemble lorsque les circonstances l’exigent, y compris avec nos partenaires de la Commission de l’océan Indien.
Je souhaite aujourd’hui poursuivre ce travail avec mon homologue autour de deux priorités : renforcer les capacités des Forces armées malgaches pour conforter leur souveraineté, et développer une coopération qui bénéficie directement aux populations.
C’est tout le sens du partenariat français: respecter la souveraineté de Madagascar et lui donner les moyens de l’exercer pleinement.
La France considère Madagascar comme un partenaire important des FAZSOI. Jusqu’où Paris souhaite-t-il désormais aller dans le renforcement des capacités des Forces armées malgaches ?
Les Forces armées dans la zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI) entretiennent une relation historique et de proximité avec les Forces armées de Madagascar. Elles jouent à ce titre un rôle privilégié dans la mise en œuvre de notre coopération militaire.
Notre ambition est d’accompagner les priorités définies par Madagascar pour la transformation de ses forces. Nous le faisons déjà à travers des actions très concrètes, dont l’utilité se mesure sur le terrain : l’accueil régulier d’officiers malgaches dans nos écoles militaires, les formations et les entraînements dans les domaines du parachutisme, du génie, de la gestion des ressources humaines ou encore des systèmes d’information et de communication. L’enjeu est aussi de permettre aux militaires malgaches de transmettre à leur tour ces compétences au sein de leurs propres forces, afin de renforcer durablement leur autonomie.
Cette proximité nous permet également de faire évoluer notre coopération avec réactivité, en fonction des besoins exprimés. C’est dans cet esprit que nous souhaitons aujourd’hui approfondir notre partenariat autour de deux axes.
‘... La mise en œuvre d’une coopération de sécurité et de défense rénovée (…) figure parmi les priorités de notre relation bilatérale ...‘
Le premier consiste à appuyer Madagascar dans le développement de sa capacité dans le domaine des drones militaires. Devenus incontournables, ils font désormais l’objet d’un effort particulier dans notre plan de coopération. Notre deuxième axe de travail consiste à appuyer les Forces armées malgaches pour leur permettre de mieux venir en aide aux populations. C’est un objectif majeur de ma visite.
Nous envisageons notamment de renforcer notre coopération dans le domaine du génie militaire pour contribuer au désenclavement des villages. La France est prête à déployer, dans les prochains mois, des spécialistes du génie pour réaliser aux côtés des armées malgaches des chantiers de réfection de pistes et de routes au bénéfice des populations. Nous travaillons au renforcement de la coopération dans le domaine de la santé, à travers un programme de cession d’équipements médicaux au profit d’hôpitaux malgaches.
Nous voulons aussi renforcer notre capacité commune à faire face aux catastrophes naturelles. Grâce à nos avions de transport, aux bâtiments de la Marine nationale et à nos unités du génie présentes dans la région, nous disposons de moyens pour intervenir rapidement et soutenir nos voisins. Nous l’avons démontré lors de la dernière saison cyclonique, avec la projection de détachements du génie après les passages des cyclones Fytia et Gezani. Ce dimanche, nous avons également mis à profit la mission PEGASE 26 pour acheminer du fret humanitaire à Diego-Suarez.
Madagascar diversifie aujourd’hui ses partenariats militaires, notamment avec la Russie. La France considère-t-elle cette évolution comme une simple expression de la souveraineté malgache ou comme un changement susceptible d’affecter ses propres intérêts stratégiques dans l’océan Indien ? Quel regard le gouvernement français porte-t-il sur cette présence militaire russe à Madagascar ? Existe-t-il, pour Paris, des lignes rouges concernant la nature ou l’ampleur de cette coopération ?
Chaque État est libre de choisir ses partenaires. Si la France demeure un partenaire historique de Madagascar, c’est parce que nous avons démontré la solidité de cette relation, dans le plein respect de la souveraineté de chacun, au service de nos intérêts communs en matière de sécurité et de la population malgache.
Nos Forces armées travaillent ensemble depuis de nombreuses années. Les équipes françaises et malgaches se connaissent et ont construit une relation de confiance unique qui nous permet de développer des projets adaptés aux priorités de Madagascar et de les inscrire dans la durée.
À ce titre, notre coopération militaire est particulièrement concrète et constante. Elle repose sur la formation et l’entraînement des militaires malgaches, le renforcement de leurs capacités opérationnelles et le développement de notre interopérabilité. Notre objectif est aussi de conduire ensemble des opérations dans la région, face aux défis de sécurité que nous partageons. C’est tout l’intérêt d’un partenariat durable entre deux pays voisins, au bénéfice des deux parties.
Mais notre relation ne se limite pas à la défense. Notre partenariat s’inscrit dans une coopération beaucoup plus large, dans les domaines du développement économique, de l’enseignement supérieur, de la recherche ou encore de la culture. Au début de l’année 2026, l’Agence française de développement comptait ainsi quarante-neuf projets en cours à Madagascar, représentant près de 635 millions d’euros d’engagements. La France est également le premier pays de destination des étudiants malgaches qui poursuivent leurs études à l’étranger : c’est une fierté !
C’est l’ancienneté de cette relation, la constance de nos engagements et notre connaissance mutuelle qui font la force de notre partenariat. Entre voisins, une coopération solide donne à chacun les moyens de défendre ses intérêts et de rester maître de ses choix.
Votre visite à Madagascar est-elle une réponse à la montée en puissance de la coopération militaire russo-malgache ? Assiste-t-on à une nouvelle compétition d’influence entre la France et la Russie dans la Grande Île ?
Je vous l’ai dit : ma visite a pour objectif de poursuivre et de renforcer la coopération de défense qui unit la France et Madagascar. Elle répond ainsi aux enjeux stratégiques que nous partageons avec Madagascar, en particulier dans le canal du Mozambique. La sécurisation de cet espace maritime est essentielle pour nos deux pays. Nous faisons face à des défis communs, notamment la lutte contre les trafics illicites et le pillage des ressources naturelles. C’est sur ces enjeux concrets, qui concernent directement la sécurité de nos populations et la protection de nos intérêts, que nous souhaitons avancer.
Le retour d’une présence militaire russe dans le Sud-ouest de l’océan Indien modifie-t-il, du point de vue français, l’environnement stratégique autour de cette zone ? La France a-t-elle adapté son dispositif militaire ou ses plans opérationnels en conséquence ?
La France suit avec attention l’évolution de la présence militaire des différents acteurs dans l’ensemble de la région. Pour notre part, nous disposons d’un dispositif militaire robuste dans le Sud-ouest de l’océan Indien, avec des capacités terrestres, aériennes et maritimes à La Réunion et à Mayotte. La mission PEGASE 26 illustre notre capacité à projeter rapidement des moyens militaires à plusieurs milliers de kilomètres.
Notre dispositif n’est pas dimensionné en fonction de tel ou tel acteur, mais de notre évaluation de l’environnement stratégique. Partout dans le monde, la France met sa puissance militaire au service de la sécurité et de la stabilité, tout en étant prête à défendre ses intérêts s’ils étaient menacés.
Le renforcement de notre dispositif concerne ainsi l’ensemble de nos territoires ultramarins. Il répond à l’évolution des menaces auxquelles nous sommes confrontés, notamment à la multiplication des trafics illicites, à l’intensification des compétitions stratégiques, mais aussi à l’accroissement des risques liés aux catastrophes naturelles.
L’océan Indien concentre des routes maritimes essentielles au commerce mondial et demeure exposé aux trafics, à la pêche illégale, à la piraterie et à d’autres menaces. Quelle place Madagascar occupe-t-il dans la stratégie française de sécurité maritime dans cette partie de l’océan Indien ?
Madagascar occupe une place absolument centrale dans notre approche de la sécurité maritime dans l’océan Indien. Les routes maritimes de l’océan Indien relient nos économies au reste du monde. Leur sécurisation est essentielle, particulièrement dans un contexte de recomposition des flux maritimes liée à la situation au Moyen-Orient. Nous partageons également la nécessité de lutter contre les trafics illicites d’armes et de stupéfiants, de maîtriser les flux migratoires, de combattre le pillage des ressources naturelles et de faire face aux menaces terroristes, notamment au Mozambique.
‘... Notre dispositif n’est pas dimensionné en fonction de tel ou tel acteur, mais de notre évaluation de l’environnement stratégique ...‘
Nous le savons, les ressources du canal du Mozambique attirent les convoitises de nombreux acteurs extérieurs à la région. Dans cet environnement, disposer des moyens de surveiller ses espaces maritimes, de protéger ses intérêts et de faire respecter ses droits comme le droit international, est essentiel.
C’est précisément à renforcer cette capacité d’action que doit contribuer notre coopération, notamment à travers le développement de moyens de surveillance maritime des Forces armées malgaches. Il s’agit de mieux répondre, ensemble, aux défis de sécurité que nous partageons.
La France affirme vouloir respecter pleinement la souveraineté de Madagascar. Comment concilier cette exigence de souveraineté avec la volonté française de préserver ses intérêts stratégiques et sa capacité d’action dans une zone où d’autres puissances cherchent également à renforcer leur présence ?
Il n’y a aucune contradiction entre le respect de la souveraineté de Madagascar et la préservation de nos intérêts stratégiques. Bien au contraire : un Madagascar fort, souverain et capable d’assurer sa propre sécurité contribue directement à la sécurité collective.
Notre coopération de défense s’inscrit pleinement dans cet esprit : nous ne cherchons à créer aucune forme de dépendance, mais au contraire à renforcer la capacité de Madagascar à assurer sa propre sécurité, conformément aux priorités définies par les autorités malgaches.
Nous sommes voisins et nous faisons face à des défis communs. Renforcer la sécurité de Madagascar, c’est aussi renforcer la nôtre.
Le président Emmanuel Macron et le chef de l’État, le colonel Randrianirina, ont réaffirmé en février la volonté de poursuivre la coopération de sécurité et de défense. Votre visite doit-elle être comprise comme le début d’une nouvelle étape de ce partenariat, avec une dimension plus stratégique et opérationnelle ?
Il s’agit précisément de donner une traduction concrète aux orientations fixées par nos deux Présidents. Notre relation de défense est ancienne et solide. Nous souhaitons aujourd’hui franchir une nouvelle étape en identifiant, avec mon homologue, les moyens de renforcer notre coopération et de répondre aux besoins exprimés par Madagascar.
C’est tout le sens de ma visite : faire progresser un partenariat concret et opérationnel, au service de la sécurité de nos deux pays et dans le plein respect de leur souveraineté.
Garry Fabrice Ranaivoson

Aller, Russes et Chinois vont s'occuper de notre sécurité, chouette alors !!!!
RépondreSupprimerIl y a l'alliance Française pour ceux qui ne maîtrisent pas le vocabulaire , le grammaire et le syntaxe de la langue de Molière . Apparemment l'ancien président en fuite n'est plus dans le plan de la France . A Dubaï avec cette mauvaise nouvelle qui hante ses nuits , bonjour l'insomnie et bye bye sa candidature en 2027 ! Il y a encore des places pour lui à l'ombre ...
SupprimerJe corrige, la grammaire et la syntaxe ... dur dur de se mettre au russe, ça perturbe Marcololo
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