L’agriculture reste insuffisamment reliée aux industries de transformation à Madagascar. Une étude du Dr Hugues Rajohnson souligne les difficultés d’approvisionnement et de structuration des filières, et plaide pour un soutien public, notamment fiscal.
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| Le Dr Hugues Rajohnson, enseignant-chercheur et économiste. |
Madagascar peine à relier sa production agricole aux besoins de ses industries. Dans une récente étude consacrée au développement agricole et à la transformation locale, le Dr Hugues Rajohnson, enseignant-chercheur et économiste à l’université d’Antananarivo, dresse un état des lieux des filières agro-industrielles malgaches. Plusieurs d’entre elles, malgré leur potentiel, restent sous-exploitées et insuffisamment structurées.
Selon le chercheur, « Madagascar est un pays à vocation agricole, il est donc tout à fait naturel que l’industrialisation commence par l’agro-industrie ». Il ajoute : « Pourtant, très peu de filières sont connectées à des industries et les filières structurées, qui ne sont pas nombreuses, sont peu développées, tandis que la plupart manquent tout simplement de structuration. »
L’étude s’appuie notamment sur les données de la Banque mondiale : l’agriculture, la sylviculture et la pêche représentaient 22,2 % du PIB malgache en 2023 et 21,9 % en 2024. Elle indique également que le secteur emploie plus de 70 % de la population active. L’industrie manufacturière, elle, représentait 13,1 % du PIB en 2024. « Ce déséquilibre traduit une réalité structurelle : Madagascar cultive, mais transforme peu. À titre de comparaison, la valeur ajoutée manufacturière atteint 24,2 % du PIB en Thaïlande et 24,3 % au Vietnam », indique Hugues Rajohnson dans son étude.
Des difficultés d’approvisionnement
Le chercheur s’est penché sur plusieurs filières, dont celle du maïs, marquée, selon lui, par une production insuffisante pour répondre aux besoins industriels. L’étude estime la production à 266 000 tonnes en 2023, pour des besoins de 381 216 tonnes dans des activités comme la provenderie, la minoterie ou encore l’amidonnerie.
« Le problème malgache n’est pas qu’une valeur industrielle s’échappe sous forme de matière première brute : c’est que la matière première n’existe pas en quantité suffisante pour alimenter les capacités de transformation déjà installées », analyse l’auteur.
Le ministère de l’Agriculture avance, de son côté, une estimation de la production actuelle de 450 000 tonnes et vise 1,5 million de tonnes en 2030, avec l’objectif de couvrir les besoins des industriels locaux.
Les rendements restent toutefois faibles, autour d’une tonne par hectare en moyenne. Les chiffres cités les situent en deçà de ceux de la Zambie, à 2,5 tonnes par hectare, et de la Tanzanie, à 1,7 tonne en 2025. Cette faible productivité limite les volumes disponibles pour la transformation.
L’étude relève également des obstacles dans les filières du riz, du manioc et du haricot vert extra-fin. Selon les productions, la faiblesse des rendements, les volumes limités ou encore l’intégration insuffisante dans les circuits d’échanges mondiaux freinent leur développement et leur compétitivité.
Lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation de cette étude, vendredi, le Dr Hugues Rajohnson a estimé que les initiatives privées ne suffisaient pas à développer l’agro-industrie. « Pour parvenir à l’émergence d’un tissu conséquent d’agro-industrie, l’intervention publique doit être volontariste et utiliser tous les outils entre ses mains», explique le chercheur.
Il plaide pour une politique publique transversale associant la recherche, l’accès au crédit, la mécanisation, la vulgarisation agricole et l’innovation. La fiscalité constitue, selon lui, un autre levier pour favoriser la transformation locale.
« Le modèle mozambicain, par exemple est frappant pour Madagascar. Dans l’objectif de développer plusieurs agro-industries, le pays a commencé à soutenir la filière manioc, matière première de la production de bière, par une politique fiscale incitative. La production de manioc a ainsi augmenté jusqu’à plus de 9 Mt par an et est devenue un produit de base pour plusieurs industries de transformation. Il est donc indispensable d’adapter la fiscalité pour encourager la transformation locale et la création de valeur ajoutée », a-t-il souligné.
Itamara Otton
