La CUA lance l’assainissement du lac de Behoririka, avec 15 000 m³ de remblais à retirer. Le relogement des cent quarante commerçants concernés reste incertain.
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| Un engin de la CUA en pleine opération de démolition. |
La Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) entend rendre définitivement au lac de Behoririka sa vocation de bassin de rétention. Engagée le 8 octobre, la démolition des installations commerciales marque le début d’une opération qui doit permettre de retirer 15 000 mètres cubes de remblais en deux mois. Si les abords se dégagent et que la circulation semble s’améliorer, les quelque 140 commerçants concernés restent dans l’expectative face à une relocalisation qu’ils jugent contraignante.
Au-delà de son aspect, le bassin joue un rôle essentiel dans l’évacuation des eaux pluviales. Il recueille notamment les eaux provenant de Behoririka, d’Ankadifotsy, d’Antanimena et de Soarano, avant leur évacuation vers le canal Andriantany. La réduction de sa capacité de rétention contribue aux débordements observés dans les rues et les quartiers environnants lors des fortes pluies. Les déchets accumulés dans le bassin aggravent également les difficultés d’évacuation.
Face à cette situation, la CUA a engagé, le jeudi 8 octobre, une opération de libération des abords du lac. Quelque 140 commerçants sont concernés par cette mesure. Selon Ramanantsoa Faly, responsable des infrastructures et des travaux publics de la commune, l’objectif est de rendre au lac son aspect initial. Les travaux prévoient le retrait de 15 000 mètres cubes de terre, une opération qui devrait durer deux mois, avant le nettoyage et l’approfondissement du bassin.
Cette intervention s’inscrit dans un programme plus large d’amélioration de l’évacuation des eaux pluviales, qui concerne également Mahamasina et Antanimena. Pour la municipalité, la restauration du bassin de Behoririka constitue un chantier important à l’approche de la saison des pluies. La libération de ses abords doit permettre de retrouver un espace dégagé et de rétablir progressivement la capacité du lac à recueillir les eaux.
Amélioration
Sur le terrain, les démolitions ont déjà modifié le paysage autour du lac. Les abords sont plus dégagés et plusieurs usagers constatent une amélioration de la circulation. « Il nous faut environ trente minutes pour sortir de Behoririka », témoigne Robert, chauffeur de taxi-be, qui espère une réduction du temps perdu dans les embouteillages.
Les piétons espèrent également retrouver des trottoirs accessibles.
«Quand on parle de Behoririka, nous souffrons vraiment, car il n’y a pratiquement plus de passage pour les piétons», témoigne Ravelonantenaina Vola, une piétonne. Malgré les démolitions, des marchands continuent d’occuper certains trottoirs, obligeant les passants à se faufiler entre les étals et les véhicules. Cette situation complique leurs déplacements et les expose notamment aux risques de vol à la tire.
Pour les commerçants concernés, l’opération soulève des inquiétudes. La CUA leur propose de rejoindre le marché couvert situé près du pont d’Ambatomitsangana, à environ 500 mètres du lac. Mais les emplacements, d’une superficie d’environ 1,50 mètre carré, sont jugés trop exigus par certains vendeurs, qui craignent de perdre une partie de leur clientèle.
« Notre commerce fait vivre nos familles. Si nous devons partir d’ici, de quoi allons-nous vivre ? Nous gagnons entre 30 000 et 70 000 ariary par jour, selon les ventes », confie un commerçant qui souhaite garder l’anonymat. Certains vendeurs affirment exercer à Behoririka depuis seize ans. Plusieurs continuent par ailleurs d’occuper les abords du lac ou les trottoirs, malgré les démolitions engagées.
L’incertitude porte également sur leur avenir à l’issue des travaux. Certains commerçants disent avoir compris qu’ils pourraient retrouver leurs emplacements après deux à trois mois. Cette perspective reste toutefois incertaine au regard de la volonté de la commune de restituer au lac son aspect initial. Le rétablissement durable de sa fonction de bassin de rétention pose ainsi la question du maintien des activités commerciales autour du plan d’eau.
Inquiétudes
Des vendeurs évoquent aussi des certificats d’occupation qui ne leur auraient toujours pas été délivrés, malgré le versement de 15 000 ariary deux mois auparavant, selon leurs déclarations. Cette situation alimente leur incompréhension face aux mesures de déplacement et renforce leurs inquiétudes quant à la poursuite de leurs activités.
La municipalité entend néanmoins poursuivre la libération des espaces publics. « Les trottoirs sont destinés aux piétons, les routes aux véhicules et les marchés aux commerçants », rappelle Aina Rakotoarison, directeur de la communication de la CUA. La commune annonce également la poursuite des opérations d’assainissement dans d’autres secteurs de la capitale, dans le but de mettre fin aux occupations irrégulières.
À Behoririka, la municipalité affiche ainsi sa volonté de rétablir durablement la vocation du lac et de libérer ses abords. Si les premiers changements sont perceptibles dans le paysage et la circulation, le sort des commerçants déplacés demeure en suspens. Entre la restauration du bassin et la nécessité de préserver les moyens de subsistance des vendeurs, la question de leur relogement reste entière.
Fanilo Mampianintsoa
