Diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires : à Madagascar, les traitements existent. Mais leur coût met de nombreuses familles en difficulté.
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| Un malade atteint du diabète accompagné par des proches à l’Amadia, hier. |
Combien coûte un mois de soins pour une maladie chronique comme le diabète, l’hypertension artérielle ou une maladie cardiaque ? Selon les médecins, il n’existe pas de coût exact. « La facture dépend du stade de la maladie, débutant ou avancé, et du type de médicaments, génériques ou de spécialité », indiquent nos sources.
Au début, le traitement reste simple : activité physique, alimentation équilibrée et, parfois, un seul médicament peuvent suffire. « Quand la maladie progresse, deux à plusieurs médicaments deviennent nécessaires », explique un médecin. C’est alors que la note s’alourdit. Certains patients sont contraints de faire des choix dans leurs traitements.
« Les médicaments génériques coûtent généralement moins cher que ceux vendus sous une marque. À titre d’exemple, une plaquette de paracétamol coûte 700 ariary, contre 8 000 ariary pour le Doliprane », explique un pharmacien. Ces deux médicaments contiennent la même substance active, le paracétamol. À dosage et forme pharmaceutique équivalents, ils ont la même efficacité attendue.
La différence de prix s’explique notamment par la marque et les caractéristiques du produit. Les maladies chroniques entraînent des dépenses qui ne se limitent pas à un seul mois de traitement.
Le Dr José Tiana, médecin auprès de l’Amadia, détaille le cas d’un patient atteint de diabète de type 2. « Les consultations et le test de glycémie coûtent de 10 000 à 20 000 ariary. Les comprimés reviennent à 50 000 à 60 000 ariary par mois. Pour un patient sous insuline, la dépense est de 40 000 à 50 000 ariary par mois », indique-t-il.
Traitements disponibles
Une alimentation équilibrée, la pratique d’une activité physique et la réduction du stress complètent le traitement, mais représentent également des contraintes et des coûts pour le malade. Le diabète ne vient pas toujours seul. Il peut s’accompagner de problèmes cardiaques, d’hypertension ou de troubles oculaires.
Dans les cas graves, il peut aussi entraîner des complications nécessitant une amputation. Il faut alors consulter un neurologue, un cardiologue ou un ophtalmologue, et parfois recourir à la chirurgie. Chaque spécialiste ajoute une ligne à la facture.
Les témoignages montrent ce que ces montants représentent au quotidien. Fidisoa Ravoavahy, pasteur à la retraite, a fait un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2020. Depuis, il prend quatre médicaments par jour : un contre l’hypertension, un pour la coagulation du sang, un anticonvulsivant et un médicament cardiaque. Coût : 150 000 ariary par mois.
« Les soins coûtent cher pour nous. Il ne touche sa pension que tous les trois mois. C’est son ancienne paroisse qui nous aide à payer ses traitements », raconte sa fille, Fifaliana. Son médecin lui a recommandé deux séances de kinésithérapie par semaine, à 30 000 ariary la séance, soit près de 240 000 ariary sur quatre semaines. « Faute de moyens, nous y avons renoncé », poursuit sa fille. Cette famille a, par ailleurs, manqué plusieurs contrôles. « Normalement, un contrôle et des analyses sanguines doivent être effectués tous les trois mois. Mais on n’a pas les moyens de les faire régulièrement. On ne les fait que les fois où on a les moyens. Cela fait un an qu’on n’a plus fait ce contrôle », confie-t-elle.
La situation est d’autant plus difficile pour les paysans. Mamitiana Randrianantenaina, paysan originaire d’Antsiriribe, est diabétique. En un mois de traitement, il a déjà dépensé 800 000 ariary. Il s’inquiète pour la suite de ses soins. Il a cessé de travailler depuis qu’il est malade et n’a plus de revenus.
« Nous avons cotisé pour les soins précédents et envisageons maintenant de vendre un terrain pour financer la suite de ses traitements », raconte une proche qui l’a accompagné à l’Amadia, à Faravohitra, hier. Selon les médecins, les traitements de ces maladies chroniques sont disponibles dans le pays.
Chirurgie
Pour l’hypertension, la prise en charge comprend une consultation, un bilan sanguin, un électrocardiogramme (ECG) et des médicaments. Le patient consulte un généraliste, puis un neurologue ou un cardiologue si sa tension reste instable. « Le traitement d’une hypertension artérielle est en général accessible pour la population», indique un médecin. Le couple formé par Fanantenana et Navalona, tous deux atteints d’hypertension, consacre quelque
30 000 ariary de son budget mensuel à l’achat de médicaments. En cas d’AVC, hémorragique ou ischémique — lorsqu’un caillot bloque une artère —, un scanner est indispensable pour établir le diagnostic, avant la mise en place du traitement adapté. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire. Or, ces soins ne sont réalisables que dans les hôpitaux équipés d’un scanner, notamment dans les six chefs-lieux de province et à Antsirabe.
Des patients d’autres régions se plaignent de devoir rejoindre la capitale. « L’ambulance coûte cher. Mais se soigner loin de chez soi l’est également, car, en plus des traitements, on doit payer les repas et l’hébergement des accompagnateurs. On ne peut pas tous rester avec le malade dans l’hôpital », témoigne Bernard, accompagnateur d’un patient victime d’un AVC et venu de Mahanoro.
Pour les maladies cardiaques, le bilan repose notamment sur un ECG, facturé environ 30 000 ariary, un échodoppler cardiaque, à environ 130 000 ariary, ainsi que des analyses sanguines dont le prix dépend des examens prescrits.
La chirurgie à cœur fermé est déjà disponible au centre hospitalier de Soavinandriana. La chirurgie à cœur ouvert est en phase d’essai chez les enfants. Les adultes qui en ont besoin doivent, quant à eux, être évacués à l’étranger.
Le coût d’une évacuation sanitaire avoisine 16 000 euros (environ 77 millions d’ariary). Le coût des maladies chroniques augmente avec l’aggravation de la maladie et la multiplication des examens, des consultations spécialisées et des déplacements. Les médecins recommandent une bonne hygiène de vie pour prévenir ces maladies, dont la prise en charge peut peser lourd sur le budget des ménages.
Miangaly Ralitera
