Il porte le prénom le plus tendre de la météo. C’est pourtant lui qui occupe cette année les services spécialisés. El Niño veut dire « le garçon » en espagnol. À l’origine, il s’agit d’un simple réchauffement de l’océan Pacifique. Mais l’eau chaude ne reste pas chez elle : elle dérègle les vents et les pluies à des milliers de kilomètres, jusque chez nous.
Le nom vient de pêcheurs du Pérou. Depuis peut-être des siècles, ils avaient remarqué que la mer ase réchauffait certaines années vers Noël, et que les poissons se faisaient rares. Ils l’ont appelé « El Niño », en référence à l’Enfant Jésus, par simple coïncidence de calendrier. En 1892, un capitaine péruvien, Camilo Carrillo, le présente à la Société de géographie de Lima. C’est au XXe siècle que les scientifiques comprennent que ce courant chaud et les variations de pression de l’air forment un seul phénomène, né du dialogue entre l’océan et le vent. Aujourd’hui, les bouées et les satellites permettent de l’annoncer plusieurs mois à l’avance.
Le nom est resté, mais le phénomène n’a rien d’un enfant sage. Il ne vient pas chaque année. Selon les spécialistes du climat, il revient tous les deux à sept ans. Et comme tous les enfants, il n’a pas toujours la même humeur. Le réchauffement climatique avec les dégâts de l’être humain sur mère nature aggravent la situation d’année en année.
Pour 2026 - 2027, la Météo annonce un épisode fort à très fort, d’octobre 2026 à février 2027. Elle estime à plus de 90 % la probabilité que l’océan se réchauffe de plus de deux degrés au-dessus de la normale. Chez nous, il aura deux humeurs. Il boudera dans le Sud, l’Ouest et une partie des Hautes Terres, avec peu de pluie et de fortes chaleurs. La saison des pluies tardera à commencer, surtout d’octobre à janvier. Il pleurera dans le Nord et l’Est, avec des pluies plus abondantes. Les risques de crues et de glissements de terrain seront plus grands de février à avril. Puis il se calmera, et la météo devrait retrouver sa « normale » vers avril ou mai 2027.
Concrètement, cela veut dire d’abord de l’eau. Là où la pluie tarde, les puits, les rivières et les réserves se videront plus vite. À Antananarivo, la Jirama assure que les réserves d’eau de la capitale suffiront, une annonce que beaucoup de foyers, déjà confrontés aux coupures, accueillent avec prudence. Certains quartiers pourraient d’ailleurs manquer d’eau.
Cela veut dire aussi la santé. Quand l’eau manque, on se lave moins et on boit parfois à des sources douteuses. Quand elle déborde, elle charrie les saletés jusque dans les puits et les maisons. Dans les deux cas, les maladies liées à l’eau guettent. Le choléra et la typhoïde figurent parmi les risques évoqués dans le dispositif national de préparation. La chaleur peut aussi favoriser le paludisme et la dengue, et la malnutrition guette quand les récoltes sont mauvaises.
Cela veut dire aussi la nourriture. Dans le Grand Sud, une période de soudure plus précoce que d’habitude est annoncée: les stocks des ménages pauvres s’épuisent plus tôt, et la récolte de manioc pourrait être réduite de moitié par endroits. Pour ceux qui vivent déjà au jour le jour, un mois de retard de la pluie pèse bien plus qu’un titre de journal.
Pour le pays, la facture est à la mesure du caractère de l’enfant. Le gouvernement l’estime à environ 220 millions de dollars. Des mesures ont déjà été présentées : 320 systèmes d’eau dans le Sud et douze camions-citernes supplémentaires. Le BNGRC aurait mis en place à l’avance des vivres et des embarcations, et une surveillance de la santé doit donner l’alerte à temps.
El Niño reviendra, il revient toujours. Ce qui compte, c’est d’être prêt quand il arrive. Dans le prochain texto, on verra ce que chacun peut faire : à la maison, dans le quartier, à la commune, et à la radio.
Mbolatiana Raveloarimisa