| Le général Gallieni encourage les autorités à utiliser le cheval pour libérer les porteurs utiles à d’autres travaux. |
Certains historiens pensent que l’importation des premiers chevaux à Madagascar date du 6 août 1817, avec l’arrivée de ceux envoyés par Sir Robert Farquhar, gouverneur de Maurice, au roi Radama Ier. Ce sont les premiers vus en Imerina sans doute, car des correspondances du comte de Maudave publiées en 1886 prouvent qu’à Tolagnaro, il existe déjà un siècle plus tôt un petit noyau d’élevage de chevaux.
« Une petite troupe de cavalerie en imposerait prodigieusement aux Madécasses. Il faut entendre les cris de surprise et d’admiration qu’ils font en voyant nos chevaux. J’en ai même dans l’intérieur des terres. Les pâturages sont fort bons et ces animaux se portent à merveille. Je travaille à établir ici une race de chevaux ; nous en avons déjà de la graine ; j’ai ici neuf juments et un bel étalon de race persane », précise le comte de Maudave.
Après son départ, nul ne sait ce que sont devenus ces animaux. Cependant, dans son ouvrage « L’élevage du cheval à Madagascar » (1907), le capitaine Sisteron parle d’une « fable du vieux temps qui avait laissé croire à quelques anciens Malgaches que des chevaux avaient existé autrefois dans le pays des Bara ». Mais cette fable n’est peut-être que le souvenir chez les populations du Sud, des chevaux du comte de Maudave. Et d’ailleurs la croyance au légendaire « songomby » y puise peut-être sa source.
Le RP Dubois écrit dans sa « Monographie des Betsileo » (1938) : « Quand les Européens introduisent le cheval, les Malgaches déclarèrent que c’était là une nouvelle espèce de ‘songomby’. On peut donc se demander si l’ancien ‘songomby’ des légendes n’était pas tout simplement un cheval sauvage, survivance égarée dans les solitudes de quelque cheval d’une très antique et accidentelle exportation. » Mais comment ont-ils pu survivre aux conditions existantes ? Dans son rapport, le capitaine Sisteron précise « qu’il n’y avait pas de vétérinaires dans l’île ; on demandait, paraît-il, des consultations par écrit aux vétérinaires de Maurice ; l’un d’eux, de Beauvais, en relations fréquentes avec Tananarive, servait de courtier aux Européens qui se livraient au commerce des chevaux ».
En outre, dans la capitale, deux esclaves- Bevantanina au service de la reine et Ramanana au service du prince Ramaniraka- possèdent quelques notions empiriques, dont ils conservent jalousement le secret et font payer très cher leur service. Les coliques sont traitées par des breuvages tièdes additionnés de rhum, la diarrhée par du riz bouilli et pour donner aux poils leur lustre, les chevaux sont mis au régime des racines de manioc et de la canne à sucre. En même temps, « The Madagascar News » et « The Madagascar Times », périodiques des Missions anglaises, partagent souvent des informations sur l’élevage et les soins à donner aux maladies courantes. « Depuis cette époque jusqu’en 1895, il se constitua grâce à plusieurs introductions de chevaux, une « race malgache », pas très bien entretenue mais qu’on pouvait améliorée.»
En mars 1894, le corps expéditionnaire formé en France comprend quatorze vétérinaires militaires, dont plusieurs restent avec le corps d’occupation. Le général Gallieni commence par s’occuper de l’amélioration de la race chevaline, car comme il y a peu de routes, on se déplace en Filanjana, ce qui demande un grand nombre de porteurs. Or, il compte utiliser à d’autres travaux cette corporation d’hommes solides, ce qui nécessite l’augmentation de l’élevage des chevaux.
Cette « politique du cheval » est marquée par la création d’un service vétérinaire des haras et de l’élevage en 1903. Mais dès 1896, un premier dépôt d’étalons est installé à Fiadanana, remplacé un an plus tard par la jumenterie d’Ampasika qui fournit les dépôts mobiles pendant la saison de monte à Antsirabe, Ambositra et Arivonimamo. Un peu plus tard, la ferme modèle de l’Iboaka est créée près de Fianarantsoa, suivie de l’haras institué à Toamasina, puis un autre en Androy pour servir les différents points de la colonie.
Les circonscriptions vétérinaires s’organisent parallèlement et des abattoirs publics sont édifiés tandis que les viandes de consommation courante (bœuf, porc…) sont inspectées. Car si les Malgaches professent un véritable culte pour le zébu, ils sont entièrement désarmés contre les maladies.
Pela Ravalitera