ÉNERGIE - La Jirama cherche une issue

La situation énergétique s’améliore progressivement à Antananarivo, mais la Jirama reste sous pression. Remise en service d’équipements, nouveaux groupes et énergies renouvelables doivent soutenir le redressement.  

La production se renforce, les délestages persistent.

La Jirama poursuit son plan de redressement dans un contexte encore fragile. À Antananarivo, le déficit du Réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) a presque diminué de moitié en un an, passant de 44,9 MW en septembre 2025 à 23,5 MW en septembre 2026. Il était estimé à environ 18 MW début octobre et devrait encore reculer à 15,2 MW en octobre, puis à 14,9 MW en novembre. L’entreprise mise notamment sur la remise en service d’équipements, l’acquisition de groupes électrogènes et le développement d’autres sources d’énergie.

À Antananarivo, la demande atteint environ 225 MW le matin et jusqu’à 270 MW au moment du pic de consommation du soir. La puissance théorique installée ne correspond toutefois pas à la puissance réellement mobilisable. À Andekaleka, dont la capacité normale atteint 116 MW, la production disponible en période de pointe est actuellement d’environ 97 MW, notamment en raison de la baisse des ressources hydriques. À cela s’ajoutent les capacités d’AKSA, estimées à 60 MW, celles des TAC 1 et TAC 2, autour de 30 MW, ainsi que celles de Farahantsana, autour de 28 MW. Le solaire représente, pour sa part, 52 MW de capacité installée.

À Ambohimanambola, trois machines d’Africa Power sont actuellement hors service. La remise en service de la TAC 1 doit permettre de récupérer environ 18 MW supplémentaires sur le RIA. Les pièces nécessaires à sa réhabilitation ont été importées. Ce chiffre de 18 MW correspond à la capacité attendue de la TAC 1 et ne doit pas être confondu avec les 18 groupes électrogènes dont l’acquisition est prévue.

L’achat de ces 18 groupes en provenance de Russie figure parmi les mesures d’urgence engagées pour renforcer les capacités de la Jirama. La procédure d’importation est encore en préparation, selon le général Hajatiana Rasolomanana, directeur général par intérim de la Jirama. Les détails techniques et le calendrier précis de leur arrivée ne sont donc pas encore arrêtés. D’autres groupes doivent également être importés de Chine, pour une capacité annoncée d’environ 18 MW.

La mesure concerne également les autres régions. Des groupes d’une capacité totale d’environ 13 MW, importés d’Afrique du Sud, sont destinés à Toamasina. Un stock de gasoil doit permettre d’assurer leur fonctionnement pendant plusieurs mois. L’État a par ailleurs acquis 116 groupes électrogènes destinés à différents réseaux régionaux.

La réquisition accordée à la Jirama doit permettre d’accélérer ces acquisitions dans le contexte d’urgence énergétique. L’entreprise peut ainsi procéder directement aux achats dans les conditions prévues par cette mesure. Cette politique vise également à réduire progressivement la dépendance aux groupes loués, dont le coût a longtemps pesé sur les finances de l’entreprise.

Un redressement sous contrainte financière

La stratégie de redressement ne repose toutefois pas uniquement sur les groupes thermiques. La Jirama dépend également de producteurs indépendants privés dans les secteurs de l’hydroélectricité, du solaire et des centrales thermiques. Le développement des énergies renouvelables, ainsi que le renforcement du transport et de l’interconnexion, doivent permettre d’augmenter l’offre tout en améliorant son acheminement vers les consommateurs.

La situation financière reste l’un des principaux obstacles au redressement. La Jirama produit encore un kilowattheure à environ 1 225 ariary, alors qu’il est vendu autour de 795 ariary au consommateur. L’écart atteint ainsi 430 ariary par kWh. Selon les chiffres communiqués par la direction, cette différence représente environ 1 030 milliards d’ariary de pertes chaque année. L’entreprise reste ainsi dépendante du soutien financier de l’État.

Dans la situation de référence du plan de redressement financier 2025-2028, les engagements envers les fournisseurs de carburant ainsi que les producteurs et loueurs d’électricité représentaient environ 1 493 milliards d’ariary. Ce montant ne constitue pas, à lui seul, le montant total de la dette de la Jirama.

L’approvisionnement en carburant repose notamment sur plusieurs opérateurs pétroliers, dont Jovena, TotalEnergies, Vivo Energy et Galana. Le dispositif a toutefois évolué en 2026, avec l’habilitation de la State Procurement of Madagascar (SPM) à importer directement du gasoil pour la Jirama.

Pour le secteur privé, l’augmentation de la production thermique ne constitue toutefois qu’une réponse partielle. « Les groupes électrogènes ne règlent qu’une partie du problème », estime Tiana Rasamimanana, président du Syndicat des industries de Madagascar. Selon lui, l’électricité représente entre 50 et 60 % des dépenses de certaines entreprises. Il appelle à accélérer les projets d’énergies renouvelables et à renforcer le transport ainsi que l’interconnexion.

Le secteur privé se dit également disposé à travailler avec la Jirama à la recherche de solutions, à condition d’avoir davantage de visibilité sur les conditions de participation et les mécanismes de rémunération. Pour les entreprises, la régularité de l’approvisionnement reste une question centrale, compte tenu du poids de l’électricité dans leurs charges.

Sur le terrain, l’amélioration est toutefois perçue différemment selon les quartiers. À Ampanotokana, Evelyne Randrianasoavina constate une évolution nette depuis trois mois. « Si auparavant le courant était coupé tous les jours, maintenant nous faisons face aux coupures principalement le dimanche », témoigne-t-elle. Sa consommation de bougies a également diminué. Elle dépensait auparavant entre 2 500 et 3 000 ariary par jour pour cet éclairage de substitution.

À Tsarahonenana, la situation demeure plus difficile. Haingo Rasoamihanta affirme utiliser quatre bougies par jour et avoir acheté une plaque solaire pour recharger son téléphone, pour une dépense d’environ 90 000 ariary par mois. À Soanierana, Clara rapporte, en revanche, des coupures devenues rares et limitées à quelques minutes. Kiady relève également une amélioration, tout en déplorant l’absence d’horaires prévisibles pour les coupures.

En un an, le déficit du RIA a donc nettement reculé, mais la situation reste dépendante des conditions de production, de l’état des équipements et des moyens financiers de la Jirama. La remise en service de la TAC 1 et les nouvelles capacités thermiques doivent apporter des réponses à court terme. À plus long terme, le solaire et les grands projets hydroélectriques, dont Volobe, Sahofika et Antetezambato, sont appelés à renforcer durablement l’offre. Le défi pour la Jirama est désormais de transformer cette amélioration mesurable en redressement durable.

Fanilo Mampianintsoa

1 Commentaires

  1. Il n' y a que les détracteurs nés qui continuent à remettre en cause et à ne pas reconnaître les efforts entrepris depuis un an après la fuite de l'autre qui a mis à terre la JIRAMA . On a connu un changement notable durant notre séjour dans la capitale mi-juillet concernant l'électricité et l'approvisionnement en eau . Tout s'achemine à moyen terme à ce que le gap déficitaire en puissance pour Antananarivo est en bonne voie de résolution . La perspective de disparition des délestages dans 5 ans n'est plus utopique . En tous cas la refondation fait son " boulot " , le seul bémol ce sont ces commandes de groupes électrogènes chez Poutine ne respectant pas les règles des marchés publics occultant les appels d'offres , ce qui va constituer un appel d'air pour la mauvaise gouvernance !

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