ÉDUCATION - Le niveau des enseignants à revoir

Moins d’un enseignant sur trois est qualifié dans les établissements publics malgaches. Entre recrutements massifs, programmes de formation et encadrement insuffisant, la qualité de l’enseignement dépend de la capacité de l’État à professionnaliser ses maîtres.

Des élèves d’une école publique à Antanimbarinandriana.

Les élèves malgaches ont-ils des enseignants qualifiés ? Selon l’annuaire statistique national 2023-2024 publié sur le site du ministère de l’Éducation nationale, les établissements publics fonctionnent avec 188 324 enseignants, du préscolaire au lycée. Seuls 56 687 d’entre eux sont qualifiés, soit 30,1 %. Un enseignant qualifié est « un enseignant sortant d’une école ou d’un institut national de formation pédagogique », précise une source ayant validé ces données à l’époque. Le primaire est le niveau le plus touché : 24,92 % seulement des enseignants y sont qualifiés au niveau national. Les écarts régionaux sont marqués. 

Dans l’Androy, seuls 9 % des enseignants du collège sont qualifiés. Selon les données de l’annuaire statistique 2025-2026 du ministère de l’Éducation nationale, rapportées par le Fonds des Nations unies pour l’enfance, on dénombre 71 % d’enseignants non qualifiés, dont 60 % d’enseignants communautaires dénommés « enseignants FRAM », parmi les 112 413 enseignants actuels au primaire, et 62 % de non-qualifiés sur les 42 470 au niveau du collège. D’autres données sur la page de l’Unicef montrent que la proportion d’enseignants bacheliers est passée de 22 % à 30 % entre 2017-2018 et 2020-2021 (calculs réalisés à partir des données du Système d’information de gestion de l’éducation ou SIGE). Les disparités restent fortes, de 9 % à Anosy à 57 % à Analamanga. Des enseignants titulaires du CEPE, ou d’un niveau de troisième, enseigneraient encore dans des écoles publiques. La faible qualification des enseignants reste l’une des principales causes des faibles résultats d’apprentissage des enfants. Selon un responsable de l’éducation, le bagage pédagogique de ces enseignants est faible. 

Exigences

« Beaucoup ne maîtrisent pas les contenus du programme. Faute de formation adaptée, certains recopient les cahiers d’anciens élèves, erreurs comprises, et les enseignent tels quels. La situation devrait être encore plus difficile pour eux cette année, avec l’entrée du nouveau programme », poursuit-il. 

L’État entend agir par le recrutement. Le projet de loi n° 015/2025 relatif au budget 2026, adopté le 25 novembre 2025, prévoit 13 274 nouveaux agents publics cette année, dont 9 300 postes dans l’éducation et l’enseignement. Ils seront répartis entre le ministère de l’Éducation nationale, celui de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. 

Selon le ministère de l’Éducation nationale, ces 9 300 postes s’inscrivent dans un programme de 26 000 recrutements sur trois ans, conformément aux exigences des bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale. 

Les sortants des Écoles normales supérieures, notamment les enseignants de langues étrangères, seront prioritaires. Les enseignants non titularisés pourront aussi être recrutés, s’ils remplissent les critères requis. Vingt-huit centres régionaux de l’Institut national de formation pédagogique (INFP), répartis dans les six provinces, forment encore de futurs enseignants. Ils proposent des formations initiales ouvertes à tous et des formations de renforcement pour les enseignants FRAM. La Banque mondiale, l’Unicef et le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) soutiennent deux programmes qui devraient améliorer le niveau des enseignants, donc la qualité de l’enseignement : la Transformation de l’accès et de l’apprentissage à Madagascar (Talim) et le Programme intégré pour la transformation des apprentissages fondamentaux (Pitaf). « Dans le cadre du projet Talim, 26 000 enseignants seront formés puis recrutés d’ici 2028, dont 9 000 en 2026, 9 000 en 2027 et 8 000 en 2028. D’autres enseignants seront catégorisés selon leur niveau académique, puis recevront une formation pour une compétence minimale en pédagogie », explique Germond Tsahatsy, formateur permanent auprès de la direction générale de l’INFP. 

Pour Pitaf, la formation d’environ 45 000 enseignants non fonctionnaires du primaire et 4 000 enseignants du collège sera organisée, en vue de l’obtention du certificat d’aptitude pédagogique. Une partie serait recrutée, l’autre subventionnée. L’ampleur du chantier reste considérable. Selon une source auprès du ministère de l’Éducation nationale, près de 93 730 enseignants non fonctionnaires sont encore dans la base de données de la direction des Ressources humaines de ce ministère. 

Par ailleurs, former ne suffit pas : encore faut-il accompagner. Les conseillers pédagogiques sont censés encadrer les enseignants, mais leur nombre est insuffisant. « Ils sont autour de 860 actuellement », indique Germond Tsahatsy. « Près de 512 ont été formés récemment ; s’ils sont déployés au niveau national, les conseillers pédagogiques devraient être suffisants », enchaîne-t-il. Le manque de moyens limite aussi leur action. « Des conseillers pédagogiques n’encadrent que les enseignants des écoles à proximité », relève un autre responsable. L’éducation est la base du développement. 

Un papier thématique publié en 2025 par le Fonds monétaire international (FMI), avec l’Unicef et la Banque mondiale comme auteurs, estime que doubler la proportion d’enseignants qualifiés du primaire pourrait accroître la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel par habitant d’environ 2,5 à 3,1 points de pourcentage à Madagascar. 

Miangaly Ralitera

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