CORRUPTION - Quand le changement deviendra-t-il enfin tangible pour le citoyen ?

Madagascar obtient un score de 25 sur 100 dans l’Indice de perception de la corruption 2025 et se classe au 148e rang mondial sur 182 pays.

Le Bianco fait partie des institutions chargées de lutter contre le fléau de la corruption.

Des démarches administratives du quotidien aux détournements de fonds publics, la lutte contre ce fléau pose trois questions majeures : comment fonctionne ce système, quelles sanctions sont prévues et surtout, comment mesurer de vrais progrès pour la population ? Une copie d’acte de naissance qui tarde à sortir, un usager contraint de revenir plusieurs fois au même guichet, puis la tentation de glisser une somme supplémentaire pour accélérer la procédure.

Pour de nombreux citoyens, la corruption se manifeste d’abord dans ces gestes devenus, selon leurs témoignages, presque ordinaires. Mais derrière la « petite enveloppe » des guichets se pose une question plus vaste : celle de l’accès équitable au service public et de l’efficacité réelle des réformes engagées. La petite enveloppe, symptôme d’un système L’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025, publié par Transparency International, attribue à Madagascar la note de 25 sur 100, plaçant le pays à la 148e position sur 182 territoires. Cet indicateur évalue la perception de la corruption dans le secteur public à partir de données recueillies auprès d’experts et d’acteurs économiques. S’il ne mesure pas directement le nombre d’infractions commises, il témoigne de difficultés structurelles profondes en matière de gouvernance et d’intégrité. Sur le terrain, ces chiffres se traduisent par un sentiment de résignation. 

« La corruption est devenue comme une culture chez nous, témoigne Todisoa Rasoamanantena. Quand on fait des démarches dans un bureau, le dossier n’avance pas si l’on ne donne pas un petit quelque chose au responsable. Cet argent ne revient pas à l’État, il finit dans la poche de l’employé. C’est le changement de mentalité qu’il faut viser, mais cela reste difficile à appliquer.» Si ce paiement informel perturbe le fonctionnement normal des institutions, un autre témoin, Aina Rakotomalala, insiste sur l’étendue du problème : « Des mesures fermes doivent être prises. On retrouve la corruption dans les bureaux, la société et le monde du travail. C’est une habitude qui freine le développement du pays. »

 Face à cette réalité, la loi malgache rappelle que la responsabilité concerne l’ensemble des acteurs. 

L’arsenal juridique face au défi des preuves 

Le cadre juridique distingue clairement la corruption passive, qui consiste pour l’agent public à solliciter ou accepter un avantage indu, et la corruption active, qui engage le citoyen ou l’entreprise qui propose ou accorde ce paiement illégal. 

Pour faire face à ces pratiques, la loi n° 2016-020 du 22 août 2016 fixe le cadre juridique de la prévention et de la répression. Plusieurs institutions spécialisées se partagent le terrain. Le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) mène les investigations et les actions de prévention. De leur côté, les Pôles anti-corruption (PAC) assurent le traitement judiciaire des dossiers, tandis que le SAMIFIN intervient sur le volet du renseignement financier et du blanchiment de capitaux.

 Le Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI) complète ce dispositif en évaluant la stratégie nationale. Toutefois, la procédure ne se résume pas à une simple dénonciation. Pour déboucher sur une condamnation, les faits doivent être documentés, examinés et poursuivis dans le respect du droit. Les peines encourues, qui vont de l’amende à l’emprisonnement, s’étendent également à d’autres qualifications comme le détournement de deniers publics, la concussion ou le trafic d’influence. 

L’efficacité réelle de ce maillage ne se mesure donc pas au nombre d’enquêtes ouvertes, mais bien aux décisions de justice rendues, indépendamment du rang ou de la fonction des mis en cause. Rendre le changement tangible pour le citoyen Pour que la lutte contre la corruption dépasse le stade des déclarations, des transformations concrètes doivent s’opérer dans le quotidien des usagers. La transparence des services publics constitue le premier levier d’action. L’affichage clair des tarifs officiels, des pièces requises et des délais légaux réduit immédiatement la marge de manœuvre des demandes informelles. À cela s’ajoutent la délivrance systématique de reçus, la simplification des procédures et la mise en place de canaux de plainte accessibles et sécurisés. La protection effective des personnes qui dénoncent ces abus, associée à une pleine indépendance des organes d’enquête, demeure tout aussi essentielle. 

En définitive, une évolution favorable dans les classements internationaux constitue un signal encourageant, mais elle ne saurait remplacer les indicateurs de terrain. Pour les citoyens, le changement devient réel lorsqu’un service public est rendu selon les mêmes règles à tous, sans transaction occulte ni traitement de faveur.

L'Express de Madagascar

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