On ne considère jamais suffisamment la carte globale alentour quand on a en tête une destination bien précise. Il y a 30 ans, je me dirigeais vers l’île de Taiwan sans porter le regard panoramique nécessaire sur le monde alentour. Et pourtant un simple coup d’oeil sur la carte, m’aurait étalé l’immense Chine continentale toute proche (180 km) et les Philippines pas si loin (360 km).
C’est que mes pas psychologiques me conduisent vers le Sud, les Célèbes et au-delà l’autre Grande île Kalimantan-Bornéo, et Sulawesi l’île-orchidée. Voilà 4000 ans, en un momentum fondamental et décisif, eut lieu le «Out of Taiwan», l’immense et formidable départ depuis Taiwan, quand les Austronésiens (re)prirent la mer vers les Philippines et l’Asie du Sud-Est. Ils ne pouvaient pas savoir qu’un jour éminemment lointain, en une ruée énigmatique vers l’Ouest de l’Océan Indien, certains d’entre eux/elles allaient devenir les mystérieux ancêtres de nous autres Malgaches.
Tous les jours, depuis au moins 400 ans, la palynologie, l’ADN, l’archéologie, l’ethnographie, la linguistique, et bien entendu l’histoire, continuent de défiler à la barre pour instruire le dossier de la «plus belle énigme du monde», l’éternelle question du peuplement de Madagascar. Comment se fait-il, par exemple, que j’ai reconnu «Neny», ma grand-mère dans la galerie des portraits du «Museum of Formosan Aborigenes» de Taipei ?
Le mot «aborigène», avec «a» minuscule, est à prendre ici dans son acception latine de «ceux d’origine». Une antériorité démontrée par un fait exceptionnel : neuf des dix branches des langues austronésiennes sont parlées par les aborigènes de Taiwan. Tous les autres qui étaient partis, futurs Malgaches, Indonésiens ou Maoris, se trouvant raccrochés à l’unique branche restante.
Les voyages forment la jeunesse. En un presque retour d’âge, évoquant un ancien voyage à rebours, c’est un vieux qui continue d’apprendre.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja