TENUE VESTIMENTAIRE - Le couple présidentiel affiche l’identité malgache

Pendant les deux jours du Sommet international sur l’Espace à Paris, le président de la Refondation et la Première dame ont mis en avant une élégance inspirée du patrimoine vestimentaire malgache, entre symboles traditionnels, matières locales et coupes contemporaines.

Le président de la Refondation et la Première dame arborent des tenues inspirées du patrimoine vestimentaire malgache.

La tradition malgache s’est affichée jusque dans les détails vestimentaires. Durant ces deux jours, le président de la Refondation et la Première dame ont tous deux privilégié des tenues à forte inspiration malgache, revisitées dans une esthétique contemporaine. Une manière de mettre en avant le patrimoine vestimentaire tout en l’adaptant aux exigences d’une élégance protocolaire moderne.

Pour le président, les silhouettes s’inspirent notamment des hauts dignitaires malgaches, avec une longue tunique proche du malabary, aux coupes ajustées et souvent dans des tons clairs. Le blanc, ou fotsy, occupe une place particulière, associé aux notions de paix et de pureté. Des broderies discrètes peuvent également souligner quelques parties de la tenue. Autre élément indissociable de cette tenue, le lamba, soigneusement drapé du dos de l’épaule. Pour les grandes occasions, cette étoffe peut être réalisée en soie sauvage, ou landibe, une matière noble et fortement symbolique dans la culture malgache.

Les couleurs nationales trouvent également leur place dans ces créations, à travers des rappels subtils du blanc, du rouge et du vert. La Première dame, de son côté, privilégie les longues robes évasées ou les ensembles structurés confectionnés à partir de textiles traditionnels, notamment le lambahoana revisité ou des tissages précieux en soie. Le lamba est porté de manière protocolaire sur l’épaule. Les broderies faites main, aux motifs floraux ou géométriques, mettent aussi en valeur le savoir-faire des artisanes malgaches.

Quand le patrimoine devient création

Ces tenues ont été confectionnées par Sih Rakout, marque de mode malgache fondée par la styliste autodidacte Sitraka Rakotoasimbola, également connue sous ce nom de scène. La créatrice inscrit son travail dans un dialogue entre tradition et modernité, en puisant dans la richesse culturelle de Madagascar, notamment auprès du peuple antandroy, et en privilégiant des matières locales et nobles telles que la soie ou le lin peint à la main.

Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large porté par plusieurs maisons de création qui cherchent à valoriser la tenue malgache tout en renouvelant ses formes et ses usages.

Parmi elles figure Marie Laure Jaomatana, designer et créatrice de mode, dont le travail associe savoir-faire traditionnel et esthétique contemporaine. À travers ses collections faites main, elle revisite notamment la broderie traditionnelle pour lui donner une expression actuelle.

« Notre vision est d’emmener Madagascar à l’international en termes de mode et de tenues traditionnelles », explique-t-elle.

Pour Jaomatana, la création malgache ne peut toutefois pas rester figée dans les modèles existants. « Notre maison de couture n’est pas figée », souligne-t-elle, en mettant en avant le travail de transformation des matières premières. Sa maison revendique notamment la transformation de nappes de table, de lambahoany, de bodofotsy, de broderies de Richelieu et de lamba mena, autant de matières et d’éléments traditionnels réinterprétés dans des créations contemporaines. « Nous allions la tradition à la modernité », résume la créatrice.

Cette volonté de faire évoluer la mode traditionnelle rejoint également la démarche de BoGasy Madagascar, marque de vêtements de luxe sur mesure créée en 2016. Entièrement malgache, la maison est spécialisée dans les tenues haut de gamme pour hommes et femmes.

Pour BoGasy, la valorisation du vêtement malgache passe d’abord par une meilleure connaissance de ses fondements. « Nous, Malgaches, ne sommes pas encore suffisamment connus», estime la maison, qui considère qu’il faut avant tout apprendre à la population ce qu’est réellement la tenue malgache et connaître les différentes formes de tissus et de drapés traditionnels présents à travers les régions de l’île.

Les efforts pour faire revivre le vestiaire traditionnel sont jugés positifs, mais encore insuffisants. 

« Il faut encore apprendre aux Malgaches ce qu’est la tenue malgache », insiste BoGasy, qui déplore le manque de connaissances pouvant conduire à des mélanges de styles parfois éloignés des références traditionnelles.

Pour la marque, la consommation du « vita Malagasy » passe donc par un travail de sensibilisation qui doit commencer dès les premiers niveaux d’éducation. Il s’agit d’apprendre à reconnaître les produits véritablement malgaches et de développer progressivement une culture de la consommation locale. « Nous saluons les efforts, mais l’objectif est encore loin », conclut BoGasy.

Entre les créations portées lors des grandes occasions et le travail quotidien des maisons de mode, la tenue malgache cherche ainsi sa place entre héritage et création contemporaine. L’enjeu n’est plus seulement de préserver les codes vestimentaires traditionnels, mais aussi de les faire connaître, de les transformer et de leur permettre de s’exprimer dans la mode actuelle.

Cassie Ramiandrasoa

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