Piétonnés

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que des piétons se font écraser par des véhicules abandonnés par leur système de freinage. L’accident mortel à Ambohidahy avant-hier nous rappelle que tout peut arriver à n’importe quel moment pour les piétons. Il n’y a pas la moindre sécurité pour ceux qui n’ont pas d’autres moyens de transport que leurs membres inférieurs. Faute de budget pour le volet transport, beaucoup de personnes sont réduites à faire un long trajet à pied pour rejoindre leur poste de travail ou pour rentrer. Outre les risques de se faire détrousser par les malfrats, elles ne sont pas à l’abri d’un accident du même genre qu’à Ambohidahy.

Il faut peut-être penser à sécuriser les trottoirs. En principe, ils sont plus hauts que la chaussée, mais dans beaucoup d’endroits, on a du mal à distinguer les trottoirs étant donné que des travaux successifs de réparation les ont pratiquement fait disparaître. À tout moment, les piétons risquent de se faire marcher. Pour éviter ce genre de drame qui brise la vie des victimes et du conducteur qui a commis l’irréparable, il faut mettre des barrières de protection dans certains axes à défaut de pouvoir rehausser les trottoirs. Un tel système existe dans beaucoup de pays, à l’image de l’île Maurice. C’est d’autant plus utile que dans une ville au relief escarpé comme Antananarivo, les descentes sont nombreuses et dangereuses. On se rappelle du camion fou chargé de farine qui avait fauché des piétons sur une pente à Ankadindramamy, faisant un lourd bilan de quinze morts et vingt-sept blessés le 6 décembre 2012. Auparavant, au même endroit, une hécatombe avait eu lieu pour les mêmes causes avec presque le même bilan.

Sans sécurité, les piétons ne peuvent en outre rien espérer après un tel accident alors que leurs familles sont « décapitées ». C’est le cas du sapeur-pompier dont la famille se trouve démunie. Une autre victime répondant au nom de Fify, venait d’acheter des livres scolaires pour ses deux enfants aux bouquinistes d’Ambohijatovo et a péri dans cet accident. Ses proches se demandent ce qu’ils peuvent espérer de la part des responsables. Ses deux enfants sont désemparés, car ils sont issus d’une famille modeste qui dépendait du revenu de leur mère.

Évidemment, le conducteur passera devant le tribunal et écopera d’une peine correspondant à la gravité de son acte et peut-être d’une amende et d’un dédommagement des victimes, mais cela ne changera rien. On ignore si les familles des victimes des accidents antérieurs ont bénéficié d’une prise en charge par l’assurance de la voiture incriminée ou par d’autres entités.

La plupart du temps, les proches des victimes ignorent leurs droits et quel recours faire. Et le temps plongera l’affaire dans l’oubli et on n’en parlera plus. Ils perdent sur tous les tableaux. Noirs en particulier.

Sylvain Ranjalahy 

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