La baisse des prix et le poids des procédures administratives fragilisent la filière. Un dispositif local doit faciliter les démarches des opérateurs et réduire les coûts liés à l’exportation.
| Les installations de distillation témoignent de l’importance de cette filière emblématique de l’île aux parfums. |
Après une réunion de concertation réunissant les opérateurs et les différents acteurs de la filière ylang-ylang à Nosy Be, la mise en place prochaine d’un guichet unique et d’un laboratoire décentralisé se dessine comme une réponse aux difficultés qui freinent aujourd’hui les activités des producteurs, des transformateurs et surtout des exportateurs.
Lors de cette réunion, samedi dernier, les participants se sont réunis autour d’une même préoccupation : comment redonner un nouvel élan à une filière emblématique de l’île et renforcer sa capacité à répondre aux exigences du marché international ?
Organisée par le projet Pôle intégré de croissance (PIC), avec l’appui financier de l’Agence française de développement et en collaboration avec le Groupement des exportateurs d’huiles essentielles et extraits de Madagascar (GEHEM), cette rencontre intervient alors que la baisse importante des prix, conjuguée à l’augmentation des différentes charges et contraintes liées à l’activité, fragilise l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux exportateurs, en passant par les autres opérateurs.
Cette rencontre a constitué un cadre de dialogue public-privé réunissant plusieurs acteurs concernés par la filière. L’objectif était de confronter les constats, d’identifier les principaux blocages et surtout de rechercher les leviers permettant d’améliorer le cadre institutionnel et économique, tout en ouvrant de nouvelles perspectives commerciales pour une filière considérée comme présentant un important potentiel.
Le poids des procédures
Les discussions ont également mis en évidence un autre facteur qui pèse sur la compétitivité des huiles essentielles malgaches, à savoir le poids des charges liées aux procédures administratives et aux analyses nécessaires à l’exportation.
Selon les explications de Marc Tombozafy, producteur d’huile essentielle à Belamandy, pour s’acquitter simplement de certaines redevances liées à l’exportation, un opérateur basé à Nosy Be peut être contraint de se déplacer jusqu’à Antsiranana. Pour certaines analyses, le déplacement jusqu’à Antananarivo est également nécessaire. À ces procédures s’ajoutent les frais de transport, de séjour et d’autres dépenses connexes.
Depuis 2020, la filière fait face à une forte dégradation des prix. Alors que le kilogramme de fleurs pouvait auparavant se négocier autour de 6 000 ariary, le prix est aujourd’hui tombé à environ 1 000 ariary, voire 500 ariary dans certains cas. Une situation qui pèse directement sur la motivation des différents acteurs.
C’est dans cette perspective que ce nouveau projet doit démarrer à partir du 1er octobre, avec la construction d’un guichet unique dans l’île aux parfums. L’objectif est de permettre aux opérateurs d’effectuer localement l’ensemble des démarches administratives liées à l’exportation des huiles essentielles, sans avoir à multiplier les déplacements vers Antsiranana ou Antananarivo.
Nosy Be dispose par ailleurs d’atouts logistiques importants pour jouer ce rôle de hub régional. L’île bénéficie notamment d’un aéroport international et d’un port. À terme, un laboratoire d’analyse doit également y être installé.
Cette infrastructure pourrait permettre de réceptionner et d’analyser non seulement les productions de Nosy Be, mais également celles d’Ambanja et d’autres régions productrices, notamment la Sofia. Une évolution qui permettrait de rapprocher les services techniques des opérateurs et de réduire les coûts et les délais liés aux procédures d’exportation.
« Le principal problème auquel nous sommes confrontés depuis de nombreuses années réside dans notre méconnaissance des procédures administratives. Nous, producteurs locaux, faisons pourtant de notre mieux pour nous conformer aux exigences. Mais malgré les efforts consentis, en temps comme en argent, la moindre omission ou erreur involontaire peut encore nous exposer à des difficultés lors des contrôles effectués par les forces de l’ordre sur les routes. C’est pourquoi nous espérons vivement que la mise en place d’un guichet unique à Nosy Be permettra de remédier à ces difficultés », souligne encore Marc Tombozafy.
Au-delà de la baisse des prix, les exportateurs de Nosy Be ont aussi souligné la nécessité de diversifier le s débouchés internationaux. Actuellement, près de 70 % des huiles essentielles malgaches sont destinées au marché français, ce qui expose la filière à une forte concentration géographique de ses débouchés.
Plusieurs initiatives ont déjà été engagées dans ce sens mais, jusqu’à présent, ces efforts n’ont pas encore produit de retombées suffisamment concrètes au niveau des producteurs.
Raheriniaina