MUSIQUE  - Le cabaret continue de séduire les artistes

Proximité avec le public, demandes des organisateurs et revenus réguliers : le cabaret conserve une place importante dans les agendas des artistes malgaches.

Iraimbilanja, Rija Ramanantoanina et Mbola Talenta,  trois artistes qui partagent leur expérience du cabaret.

Quand la scène devient plus intime, le public se rapproche et l’artiste retrouve une autre manière de partager sa musique. À Madagascar, le cabaret continue ainsi d’attirer les artistes, aussi bien dans la capitale que dans les grandes villes des régions. Si ce format séduit par sa proximité avec le public, sa rentabilité dépend toutefois de plusieurs paramètres, notamment de la notoriété de l’artiste, du lieu choisi et de la régularité des rendez-vous.

Pour le groupe de rock emblématique Iraimbilanja, le cabaret représente avant tout une occasion de retrouver les fans dans une ambiance plus conviviale. « Le cabaret nous rapproche davantage de notre public. Il y a des moments d’échange, on peut discuter avec les spectateurs et retrouver des amis que l’on n’a pas vus depuis longtemps », explique Niry, membre du groupe.

Le format permet également une certaine liberté dans le choix du répertoire. « Nous pouvons aussi interpréter des chansons d’autres artistes, notamment d’anciens titres qui rappellent l’enfance et les moments vécus autrefois », poursuit-il. Sur le plan technique, le dispositif est par ailleurs plus simple à mettre en place qu’un grand spectacle, avec une prestation qui peut durer environ deux heures et demie pour Iraimbilanja.

Cette proximité constitue justement l’une des différences avec les grands spectacles. « Dans un grand spectacle, l’artiste et le public sont généralement plus éloignés », souligne Niry. Le groupe se produit dans différents endroits, notamment à Antananarivo, Majunga, Toamasina et Antsirabe.

Pour certains artistes, le cabaret n’est pourtant pas seulement un choix artistique : il répond directement à une demande. Rija Ramanantoanina, figure emblématique de la musique malgache, souvent surnommé le « crooner » ou le « gentleman » de la chanson, pratique ce format depuis 1999 et en témoigne. Ses premières expériences à l’Eldorado à Soavinimerana, à raison d’un à deux rendez-vous par mois, ont progressivement créé une habitude auprès du public.

« Au départ, j’ai simplement fait des cabarets, puis le public a aimé le concept et a continué à en demander. J’ai donc essayé de répondre à cette affection du public », raconte-t-il. Pour lui, le cabaret relève ainsi davantage de la demande que d’une décision personnelle : « Ce sont surtout les demandes du public qui m’amènent à faire des cabarets. »

Le chanteur a ensuite multiplié les prestations dans les différents lieux de la capitale susceptibles d’accueillir ce type de rendez-vous.

Rentable, mais pas forcément plus qu’un concert

La question financière reste évidemment déterminante. Iraimbilanja considère le cabaret comme rentable, tandis que Rija Ramanantoanina apporte une nuance : 

« Cela dépend. Le spectacle et le concert rapportent davantage, mais le cabaret permet d’obtenir des revenus réguliers et, lorsqu’il est organisé régulièrement, il peut devenir une véritable source de revenus. »

Pour Mbola Talenta, guitariste et auteur-compositeur malgache reconnu comme l’un des meilleurs de sa génération, chaque artiste possède toutefois sa propre trajectoire. « Chacun a son chemin. Il y a ceux qui sont créateurs et ceux qui sont interprètes », explique-t-il. Dans son cas, son activité d’interprète l’oriente particulièrement vers le cabaret, car ce répertoire se prête davantage à ce format. Il précise également que les prestations impliquent les démarches relatives aux droits d’auteur auprès de l’OMDA.

Selon son estimation, le cabaret peut être plus rémunérateur et devenir intéressant lorsqu’il est organisé régulièrement dans différents lieux. La fréquence des prestations et la diversification des endroits jouent donc un rôle important.

Le lieu, un choix stratégique

Le choix du lieu ne se fait pas au hasard. Pour Rija Ramanantoanina, il dépend notamment de la clientèle potentielle et de la capacité du site à accueillir le public dans de bonnes conditions. 

« Cela dépend des clients potentiels, du nombre de personnes susceptibles de venir et du confort du lieu », explique-t-il.

Les organisateurs tiennent également compte des dates et de la proximité géographique des différents rendez-vous. Mbola Talenta souligne ainsi l’importance de varier les lieux et de bien choisir les dates afin d’éviter que plusieurs événements se concurrencent.

Du côté des organisateurs, le succès repose aussi sur l’équilibre entre la popularité de l’artiste et les dépenses liées à l’événement. À l’Espace Nambinintsoa Talatamaty, Razafindratsimba Rado explique que l’équipe peut prendre en charge la recherche des artistes, la restauration, la billetterie et la promotion. « Nous réalisons d’abord une enquête pour connaître les artistes que le public souhaite voir avant de concevoir un événement », précise-t-il.

Mais attirer beaucoup de spectateurs ne garantit pas automatiquement la rentabilité. Certains consomment peu sur place, tandis que d’autres viennent en nombre mais dépensent davantage en nourriture et boissons. Selon lui, un cabaret est donc difficile à rentabiliser sans un artiste suffisamment connu. Le budget dépend notamment du cachet de l’artiste et peut atteindre 5 millions d’ariary ou plus.

Certains établissements se contentent toutefois de louer leurs espaces. Dans ce cas, les organisateurs choisissent eux-mêmes les artistes et négocient avec le propriétaire les conditions liées à la salle, au son et aux autres prestations.

Ainsi, le cabaret reste un format à part dans le paysage musical malgache : plus intime qu’un grand spectacle, soutenu par une demande régulière et susceptible de générer des revenus sur la durée, mais dont la rentabilité dépend étroitement de l’artiste, du public, du lieu et de l’organisation.

Cassie Ramiandrasoa

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