FASAN’NY KARANA - L’angoisse des petits métiers face au grand déménagement

À Fasan’ny Karana, les activités ne reposent pas uniquement sur le transport de voyageurs. Tout un microcosme économique s’y est développé, et ses acteurs partagent aujourd’hui la même inquiétude face à l’avenir.

Le quotidien s’anime à Fasan’ny Karana.

Le site doit son nom au lieu où la communauté indienne – karana en malgache – incinère ses morts. Situé dans le quartier d’Andrefan’Ankadimbahoaka (IVe arrondissement de la capitale), entre Soanierana et Anosizato, ce hub routier est devenu, au fil des ans, le centre névralgique du transport national.

Mais la vie du site dépasse de loin les simples trajets en autocar. Commerçants, porteurs, gestionnaires de parking, épiciers et conducteurs de taxis-bicyclettes y trouvent chaque jour de quoi faire vivre leurs foyers. Le projet de transfert de la gare routière vers Amoronakona suscite ainsi une vive anxiété parmi ces travailleurs.

Michel Rakotomandimby y vend des sacs depuis près d’une décennie. « Je travaille ici depuis huit ans. Je ne sais pas où nous pourrons nous installer à Amoronakona. Pourtant, c’est cette activité qui me permet de nourrir ma famille », confie-t-il.

Jeanne, vendeuse de chargeurs et d’articles divers, estime que plusieurs centaines de marchands exercent sur place. Une forte solidarité s’est d’ailleurs tissée entre eux: « Quand un voyageur se retrouve démuni et doit rentrer chez lui, nous nous cotisons pour lui payer son billet de retour », raconte-t-elle. Elle s’inquiète toutefois des conditions d’accueil sur le nouveau site, craignant que l’espace disponible ne permette pas de réinstaller tout le monde facilement.

Des revenus difficiles à remplacer

À quelques mètres de là, les porteurs attendent les clients pour acheminer leurs bagages. Ils parviennent à gagner environ 15 000 ariary par jour. Pour ces jeunes, ce travail informel constitue une source de revenus cruciale. « Si on nous demande de partir, où irons-nous ? Nous n’avons pas de diplômes pour postuler ailleurs », lâche l’un d’eux.

Les gestionnaires de stationnement partagent la même incertitude. Livasoa Rakotoarisoa, responsable du parking pour motos, résume la situation : « Ce que nous gagnons est modeste, mais c’est notre gagne-pain. Nous faisons de notre mieux pour subvenir aux besoins des nôtres. »

Les taxis-bicyclette dépendent eux aussi directement de l’affluence des usagers. « Notre clientèle est essentiellement composée de voyageurs. Nous transportons des personnes ou des colis », explique Sendra. En période de vacances, il peut prendre en charge entre 20 et 30 clients par jour, contre une dizaine en basse saison. « C’est notre unique source de revenus », précise-t-il.

Épiceries, étals, porteurs, parkings et deux-roues forment ainsi un tissu économique indissociable de Fasan’ny Karana. Le déménagement de la gare ne modifiera donc pas seulement les habitudes des usagers : il s’apprête à bouleverser la vie de centaines de familles qui dépendent quotidiennement de son effervescence.

Fanilo Mampianintsoa 

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