Depuis plusieurs années, le terminal portuaire de Toamasina est congestionné. Des conteneurs vides s’y accumulent, ce qui entraîne des pertes considérables à cause de ces désagréments logistiques.
![]() |
| Un port sec permettrait théoriquement de désengorger le terminal portuaire de Toamasina. |
C’est un constat opérationnel sans appel. Selon les données récentes, le port de Toamasina comptabilisait en 2025 plus de quatre-vingt-quinze mille conteneurs vides en stock. Toute cette masse statique obstrue le terminal portuaire et freine les opérations de déstockage. Selon des données fournies par la Société du Port à Gestion Autonome (SPAT), 280 à 350 camions circulent chaque jour sur le corridor logistique qui relie la ville portuaire au reste du pays. Ce sont des volumes importants et, d’après les estimations, ce ballet quotidien de gros transporteurs alimente de nombreuses régions en marchandises vitales.
Décompresseur
Pour faire face à ce problème, la société du port veut mettre en place un Inland Container Depot (ICD). Ce port sec sera capable de contenir de gros volumes de conteneurs et de désengorger ainsi le terminal portuaire. « Cela fluidifiera les opérations au niveau logistique pour le port de Toamasina », indique-t-on. Dans un communiqué, la SPAT ajoute que ce nouveau port sec sera le prolongement terrestre du port de Toamasina. « L’un des principaux objectifs de l’ICD est de servir de décompresseur au terminal principal. Le volume important de conteneurs vides mobilise aujourd’hui des espaces qui pourraient être davantage consacrés aux opérations. Il s’agit, entre autres, de désengorger le terminal portuaire directement lié aux navires et aux marchandises », explique-t-on.
Certains pays comme le Kenya, l’Inde ou encore l’Espagne ont développé des ICD, justement pour désengorger leurs terminaux portuaires. Selon les données fournies par des sites spécialisés comme Terminal Industries, dans les pays ayant mis en place ce genre d’infrastructures, le temps d’attente des navires à quai peut être réduit de 30 à 50 %, car les conteneurs sont directement évacués vers l’intérieur des terres. Certains coûts marginaux diminuent également. Il y a moins de frais de pénalité pour les importateurs grâce à un stockage moins cher à l’intérieur des terres qu’en zone portuaire saturée. De plus, la création de ports secs génère des emplois dans le secteur logistique et favorise l’émergence de zones industrielles autour de ces infrastructures. Cependant, cette solution présente certaines failles, observées par les spécialistes de la logistique. L’installation d’un port sec ne garantit pas le succès : plusieurs pays font face à des inefficacités chroniques. Décharger un conteneur d’un navire, le mettre sur un train, le décharger dans un ICD, puis le charger sur un camion multiplie les manipulations. Si la distance entre le port et l’ICD est trop courte, ces frais de manutention annulent l’avantage financier du transport massifié.
Dans certains pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Asie du Sud, des ICD ont été créés sans liaison ferroviaire fonctionnelle. Déplacer des milliers de conteneurs par camion vers un ICD ne fait que déplacer l’embouteillage du port maritime vers l’intérieur des terres. Par ailleurs, dans certains pays, des institutions ont noté que si les services douaniers de l’ICD ne sont pas numérisés ou souffrent de corruption, le port sec devient une zone de stockage saturée (un « port de congestion ») plutôt qu’un centre de transit fluide. Les promoteurs du projet de port sec de Toamasina entendent néanmoins embrasser la situation dans son entièreté. « Au-delà de la réponse aux contraintes actuelles, le projet prépare le port de Toamasina à l’évolution future des trafics. Le développement des infrastructures portuaires doit en effet s’accompagner de capacités logistiques suffisantes pour absorber l’augmentation des flux sans accentuer la pression sur le terminal et les axes routiers », indique-t-on.
Itamara Otton
