Tenter le diable

Mahazoarivo 2002, Ambohitsorohitra 2009, Iavoloha 2025, Analakely. Vous l’aurez deviné, l’allusion est facile à démasquer. Quatre endroits, quatre séances d’exorcisme exécutées par les Mpiandry. On croyait que le pays était définitivement débarrassé de tout ce qui est maléfique, les choses comme les hommes, du pouvoir du mal et de la puissance de l’obscurantisme. Mais le fait qu’on ait refait les mêmes choses sans que cela change la situation indique que cette pratique n’aura pas servi à grand-chose. Au contraire, à force de les multiplier, la pauvreté empire, l’insécurité s’aggrave et le pouvoir d’achat s’effrite.

S’il suffisait de prier, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Le monde compte trente-six millions de mosquées, quatre cent mille églises, 2,6 milliards de chrétiens et deux milliards de musulmans, mais le diable fait ce qu’il veut. À Madagascar, 85 % de la population est chrétienne, contre 7 % de musulmans, selon des chiffres approximatifs, faute de statistiques officielles, mais on constate actuellement le désarroi face à un adversaire invisible.

S’appuyer sur l’Église, croire que tout relève de ce sacré Satan ou de ce diable de Diable, c’est renier la laïcité de l’État et accepter la défaillance du gouvernement. La population attend des solutions et des mesures concrètes, et non des discours ou des intentions. Qu’il s’agisse de terrorisme, de déstabilisation ou de vols d’organes, l’État doit pouvoir montrer sa capacité à protéger les personnes et leurs biens.

Il y a bien une Politique générale de l’État qui inclut la sécurité, sauf erreur ou oubli.

Réduire la gravité de la situation, mettre tous les meurtres sur le dos de la force du mal, c’est rendre la gouvernance folklorique.

Si le diable peut agir en toute sécurité, c’est que des responsables ont failli à leur devoir. Chercher des boucs émissaires et croire en des pratiques moyenâgeuses ne font que déculpabiliser les vrais tueurs. Si les soi-disant sacrifices étaient vrais, ces fameuses organisations auxquelles on prête des pratiques occultes n’auraient pas le droit d’exister ailleurs. Il y a belle lurette qu’elles auraient été interdites.

S’il n’y a pas une enquête approfondie et sérieuse, allant au fond des choses, le mystère restera entier et les enlèvements continueront, à l’image des vols d’ossements dont on ne connaît pas le mobile, alors que le fléau dure depuis quarante ans.

On a le choix entre faire totalement confiance aux Mpiandry et croire que le mal finira par se rendre, ou recourir aux lois, aux compétences et aux valeurs d’une République. Mais on peut combiner les deux. La foi et les croyances constituent des balises contre le mal, mais ne doivent pas exempter l’État des devoirs pour lesquels le président a prêté serment.

Sylvain Ranjalahy 

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