Souffle homérique

Plus de trois millénaires se sont écoulés depuis que les œuvres attribuées à Homère ont émergé, mais aucune des époques suivantes, dont la nôtre, ne les a fait descendre de leur piédestal. Elles font incontestablement partie de ces monuments culturels intemporels dont l’aura reste intarissable et dont le pouvoir de fascination demeure intact. La place que l’Odyssée occupe dans l’actualité récente, à travers le dernier film réalisé par Christopher Nolan, est une preuve de plus de cette force. C’est peut-être parce que cette épopée haletante possède toujours ce souffle qui inspire le respect et qui lui permet de parler à toutes les générations.

Christopher Nolan nous offre donc, malgré les polémiques sur fond de wokisme, une autre occasion de savourer le voyage d’Ulysse. Le cinéma devient le médium, le canal d’où pourront s’écouler les grandes leçons sur la vie ou la condition humaine. Le voyage de retour à Ithaque de dix ans, maintes fois contrarié après les dix ans de la guerre de Troie, nous parlera encore une fois. Mais à la différence d’autrefois, il bénéficie aujourd’hui de la puissance du buzz. Ce film qui submerge actuellement les réseaux sociaux offrira aux moins de vingt ans, mais aussi aux plus âgés, la connaissance de ce récit homérique et de son potentiel inépuisable de source de réflexion existentielle.

Admirer Ulysse, c’est assister au déploiement de son intelligence, celle qui a, quelque temps plus tôt, imaginé le redoutable stratagème du cheval de Troie. Visionner le film de Nolan sera alors aussi une véritable contemplation de la manifestation de cette intelligence, ou métis, qui prend l’ascendant sur la force brute. Voir Ulysse qui sait utiliser sa raison pour s’adapter aux différentes situations peut nous parler au moins autant que la lecture des textes d’Aristote sur la phronésis, cette capacité à trouver l’action juste au moment opportun. La fidélité de Pénélope est aussi un modèle d’héroïsme que le temps n’a jamais pu effacer.

« N’écourte pas ton voyage : / mieux vaut qu’il dure de longues années, / et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, / riche de tout ce que tu as gagné en chemin, / sans attendre qu’Ithaque t’enrichisse. »  écrivait le poète grec Constantin Cavafy. Ces vers mettent en évidence la valeur inestimable du voyage, nous rappelant que le parcours a souvent plus d’importance que le but lui-même. Vivre le périple, qu’il s’agisse de l’odyssée vers Ithaque ou du chemin parsemé des expériences de notre propre vie, constitue notre véritable source de richesses.

Fenitra Ratefiarivony 

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