Rides à l’âme

Les records sont établis pour être un jour battus, et cetera. Les basculements de génération font partie du cycle naturel de la vie, et cetera. On ne peut pas être et avoir été, et cetera. L’âge ne serait qu’un chiffre : foutaise absolue que viennent régulièrement contredire des articulations soudain moins souples, le squelette désormais plus raide, la gestuelle progressivement moins vive. 

Novak Djokovic faisait bien ses 39 ans, et surtout ses 14 ans de plus que Jannik Sinner, en finale du dernier Wimbledon. Et pourtant, par je ne sais quel mécanisme, je me suis surpris à avoir de l’empathie pour un «vieux» qui a bien 17 ans de moins que moi. Le fol espoir que «la dernière meilleure chance» soit définitivement la bonne. 

Tout au long de cette Coupe du monde qui s’achève, sans donc que j’en aurai vu un seul match, j’ai voulu parler de football sans parler de football. Et à quelques minutes du coup d’envoi de la finale, dont l’épilogue sera connu bien au-delà de «l’heure où nous mettons sous presse», me voilà une nouvelle fois à préférer une ultime consécration pour un Lionel Messi de 39 ans plutôt qu’à souhaiter l’éclosion d’une nouvelle génération, en l’occurrence celle d’un Lamine Yamal de tout juste 19 ans, qui a encore toute la vie devant elle. Symptôme caractéristique quand la nostalgie est plus suggestive que l’avenir. 

Outre Messi, d’autres «vieillards» sympathiques disputaient là leur dernier Mondial : Luka Modric (41 ans), Manuel Neuer (40 ans), Josimar Dias Vozinha (40 ans), Harry Kane (33 ans). Et nombre d’entre eux ne seront plus jamais couronnés. Adios, les amis. 

Moins vite, moins haut, moins fort. De l’aveu même de Djokovic, une demi-seconde de retard sur chaque coup : l’âge a beau n’être qu’un chiffre, le coeur a bel et bien des rides. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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